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Le Canada part à la chasse aux cerveaux américains

Alors que l’administration Trump multiplie les pressions budgétaires sur les universités américaines les plus prestigieuses, Ottawa a choisi de saisir l’occasion. Jeudi 27 août, à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) à Vancouver, la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a dévoilé la première cohorte d’un vaste programme destiné à attirer des chercheurs de renommée internationale vers les universités canadiennes.

Une première vague de 64 chercheurs

Soixante-quatre titulaires, originaires de treize pays différents, composent cette première promotion des chaires de recherche du Canada Eddie Goldenberg. Fait notable : quarante-huit d’entre eux quittent des établissements postsecondaires américains pour venir s’installer au Canada, parmi lesquels plusieurs Canadiens qui font le choix de rentrer au pays.

Le nom de ce programme rend hommage à Eddie Goldenberg, conseiller politique et ancien chef de cabinet du premier ministre Jean Chrétien, décédé le mois dernier. Le gouvernement fédéral a précisé que ces chaires avaient été rebaptisées en son honneur, pour saluer des décennies passées à renforcer le paysage canadien de la recherche et de l’innovation.

Un financement de plus de 500 millions de dollars

L’enveloppe consacrée à cette opération est loin d’être symbolique : plus de 500 millions de dollars canadiens (environ 350 millions de dollars américains) seront répartis sur huit ans entre plusieurs universités du pays. À cette somme s’ajoutent plus de 37 millions de dollars issus d’autres sources de financement, destinés à soutenir le recrutement de 63 « personnalités émergentes » au cours de la prochaine année.

Les quatre titulaires des chaires de recherche distinguées les mieux rémunérées, ainsi que des dizaines d’autres lauréats, exerçaient auparavant dans des institutions américaines de tout premier plan, dont Harvard, le Massachusetts Institute of Technology (MIT), Cornell et Yale. Les disciplines couvertes sont vastes : médecine, ingénierie, sciences climatiques, intelligence artificielle et environnement figurent parmi les domaines représentés.

Ces chercheurs rejoignent des établissements répartis sur l’ensemble du territoire canadien, dont l’Université de la Colombie-Britannique, l’Université McGill et l’Université de Toronto. L’UBC, à elle seule, accueille neuf des soixante-quatre premiers titulaires.

« Le Canada mise encore plus fortement sur la science »

Devant la presse, Mélanie Joly a insisté sur la stratégie de son gouvernement, affirmant que le Canada renforçait son engagement envers la recherche scientifique à un moment où d’autres pays s’en détournent. Selon elle, attirer les meilleurs talents permettra des avancées susceptibles d’améliorer la vie des Canadiens et de consolider la position du pays comme chef de file mondial en matière de science et d’innovation.

La ministre a également souligné que le Canada n’était pas seul à profiter du contexte actuel : plusieurs pays, dont la France, ont lancé des initiatives similaires pour capter les talents scientifiques fragilisés par les tensions politiques aux États-Unis.

Des parcours individuels révélateurs

Parmi les nouveaux arrivants à l’UBC figure Peter Caravan, spécialiste de l’imagerie moléculaire et ancien professeur de radiologie à la Harvard Medical School. Il évoque une dimension personnelle dans sa décision de rejoindre le Canada. Un autre chercheur, originaire de Terre-Neuve, a choisi de revenir s’installer à Vancouver, séduit par un écosystème scientifique qui lui permettra de développer une filière complète, de la recherche en laboratoire jusqu’aux premiers essais cliniques chez l’humain. Après neuf années dans l’industrie biopharmaceutique puis deux décennies passées entre le Massachusetts General Hospital et la Harvard Medical School, il décrit ce parcours américain comme un long détour avant un retour à ses origines.

Le contexte : une administration Trump en rupture avec le monde universitaire

Cette offensive canadienne pour le recrutement de talents s’inscrit dans un contexte de fortes tensions entre l’administration Trump et plusieurs universités d’élite américaines. Depuis son retour au pouvoir, le gouvernement américain a multiplié les mesures de pression à l’encontre de ces institutions, notamment par la suspension de financements fédéraux, cherchant ainsi à exercer un contrôle accru sur leur fonctionnement. Ce climat de compressions budgétaires et d’incertitude politique a créé, selon Mélanie Joly, une opportunité qu’Ottawa a délibérément choisi de saisir.

Une seconde vague annoncée pour l’automne

Le gouvernement canadien a d’ores et déjà annoncé qu’une deuxième vague de titulaires serait dévoilée à l’échelle nationale plus tard cet automne, laissant entrevoir la poursuite de cette stratégie d’attraction des talents dans les mois à venir.


Programme des chaires de recherche du Canada Eddie Goldenberg, annonce du 27 août 2026, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver.

Ces annonces s’inscrivent dans une relation canado-américaine profondément dégradée depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, marquée par une escalade tarifaire quasi continue depuis le début de l’année 2025.

Une guerre commerciale qui ne faiblit pas

Dès février 2025, Washington imposait un premier train de droits de douane sur les produits canadiens (25 % sur la plupart des marchandises, 10 % sur les ressources énergétiques) invoquant le rôle présumé du Canada dans la circulation transfrontalière du fentanyl. Ottawa avait aussitôt répliqué par des mesures de rétorsion équivalentes. Loin de s’apaiser, cette logique de représailles s’est intensifiée mois après mois : en juillet, un tarif de 35 % venait frapper de nouvelles catégories de produits canadiens, avant que Washington ne brandisse, à la mi-août 2026, la menace de droits de douane de 50 % sur environ 28 milliards de dollars de marchandises canadiennes.

Cette dernière escalade a été suspendue in extremis, quelques heures avant son entrée en vigueur, à la faveur d’un accord de dernière minute annoncé par Donald Trump lui-même sur son réseau Truth Social. Le répit aura été de courte durée : le premier ministre canadien Mark Carney a dénoncé des conditions ajoutées « à la dernière minute » par la partie américaine, avant qu’Ottawa n’annonce à son tour de nouveaux droits de douane sur l’acier, les produits laitiers, le papier, les machines agricoles et l’électronique américains, calibrés « au dollar près » sur les tarifs imposés par Washington. Ces mesures doivent entrer en vigueur le 8 septembre 2026. Trump a réagi avec virulence, fustigeant la riposte canadienne et déclarant qu’il était temps d’« apprendre au Canada » à ne plus agir de la sorte.

Une rupture avec des décennies de coopération

Cette confrontation commerciale marque une rupture spectaculaire avec la relation traditionnellement coopérative qu’entretenaient les deux voisins nord-américains, longtemps unis par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), dont l’examen quinquennal était justement prévu au cours de l’été 2026. Le Canada figure aujourd’hui parmi les pays les plus durement visés par la politique tarifaire de Trump, aux côtés d’alliés traditionnels comme le Japon ou la Corée du Sud.

Ottawa : l’avenue Trump bientôt renommée Taco Avenue ?

Le conseil municipal d’Ottawa envisage de renommer une rue portant le nom du président américain Donald Trump, et parmi les noms proposés figurent « Avenue Obama » et « Avenue Taco ».

Trump Avenue est une rue résidentielle du quartier de Central Park à Ottawa qui porte le nom du président depuis environ 25 ans. Ce n’est là qu’une des nombreuses références à la ville de New York dans ce quartier, qui compte également une rue Staten Way, un parc Madison Park et même une école Gotham Private.
Le vote du conseil a eu lieu juste la veille de la signature par Trump d’un décret enjoignant au gouvernement américain de désigner le lac Ontario sous le nom de « lac d’Amérique ». Tim Tierney, conseiller municipal d’Ottawa, a déclaré à CNN que parmi les propositions de nouveau nom figuraient : « Avenue Obama », « Avenue Ontario », « Avenue Canada », « Avenue du Golfe du Mexique », et donc « Avenue Taco », une référence à l’acronyme « Trump Always Chickens Out » (Trump se défile toujours).