Dans la brume qui enveloppe les collines des Altos Mirandinos, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Caracas, une maison de la ville-dortoir de San Antonio de los Altos accueille depuis six ans des paresseux blessés que personne d’autre ne recueille. La Fondation Chuwie – Centre de sauvetage et de réhabilitation des paresseux, premier établissement de ce type au Venezuela, est aujourd’hui sur le point de fermer, faute de moyens suffisants pour continuer.
Une naissance accidentelle, en pleine pandémie
Tout commence le 9 juin 2020. Haydée Rodríguez, communicante, et son mari Juan Carlos, designer graphique, tombent sur un paresseux électrocuté par une ligne à haute tension, laissé pour mort dans une rue de San Antonio de los Altos. Des vétérinaires consultés leur conseillent de l’euthanasier : l’animal, selon eux, n’a aucune chance. Le couple refuse et le recueille chez lui. L’animal perdra trois de ses quatre pattes griffues à cause d’infections, mais survit. Ils le baptisent Chuwie, en hommage à Chewbacca, la créature poilue de Star Wars.
La convalescence de Chuwie, largement suivie sur les réseaux sociaux, transforme le couple malgré lui en réseau d’urgence informel : des habitants des environs commencent à les appeler dès qu’un paresseux est trouvé blessé en ville. Cette responsabilité improvisée débouche sur la création officielle de la fondation, avec le soutien de la mairie de la municipalité de Los Salias, qui doit valider tout signalement d’animal sauvage auprès du ministère vénézuélien de l’Écosocialisme.
Une activité centrale : sauver des animaux pris au piège de la ville
Le paresseux à trois doigts (Bradypus variegatus), naturellement lent et adapté à la canopée des forêts tropicales, est particulièrement vulnérable lorsqu’il s’aventure (ou se retrouve piégé) en zone urbaine. Autour de Caracas, trois dangers guettent en permanence ces mammifères : les chiens qui les attaquent en pleine rue, les câbles électriques qui traversent les zones boisées et sur lesquels ils tentent de s’agripper avant d’être électrocutés, et les véhicules qui les renversent lorsqu’ils traversent une chaussée. Selon la fondation, au moins un paresseux meurt chaque semaine dans la seule commune de San Antonio de los Altos.
Face à cette réalité, le sauvetage est devenu la mission quotidienne de l’organisation. D’une poignée d’animaux recueillis les premiers mois, le bilan est passé à 32 en 2021, 59 la même année, plus de 100 dès 2022, jusqu’à revendiquer la prise en charge de plusieurs centaines de paresseux à ce jour – avec un taux de survie et de retour à la vie sauvage avoisinant les 80 %, selon les chiffres communiqués par ses fondateurs. Les cas les plus lourds, comme celui de Chuwie, ne peuvent être relâchés et restent recueillis en permanence aux côtés d’autres pensionnaires devenus, eux aussi, des visages familiers de la cause : Jyn et Gungi, deux orphelins, ou Leia, une autre rescapée d’électrocution.
Autour du couple fondateur s’est peu à peu constituée une équipe élargie de vétérinaires, biologistes et bénévoles, appuyée par des structures spécialisées en Colombie et au Costa Rica. La cause a aussi gagné du terrain institutionnellement : la municipalité de Los Salias a adopté une ordonnance protégeant les animaux sauvages, et la commune voisine de Carrizal a instauré, le 9 juin, une « Journée municipale du paresseux ».
Une fondation fragilisée par la crise vénézuélienne
Depuis l’origine, les frais vétérinaires et l’entretien du centre reposent en grande partie sur les fonds propres des Rodríguez, dans un pays confronté depuis plus d’une décennie à une crise économique et politique majeure. Cette précarité structurelle s’est encore aggravée en 2026 : le doublet sismique de magnitude 7,2 puis 7,5 qui a frappé le nord du Venezuela le 24 juin a fait près de deux mille morts, dévasté plusieurs États, dont la Guaira, Caracas et une partie de l’État de Miranda, où se trouve San Antonio de los Altos, et déclenché une mobilisation humanitaire d’urgence qui a redirigé l’essentiel de l’attention et des ressources disponibles vers les zones sinistrées.
Dans ce contexte de catastrophe nationale et de crise économique prolongée, une petite structure associative comme la Fondation Chuwie, dépendante des dons privés et du bénévolat, se retrouve en première ligne des difficultés : c’est précisément ce type d’organisation, sans filet institutionnel solide, que la conjonction d’une inflation persistante, d’un exode de la classe moyenne donatrice et d’une catastrophe naturelle majeure met en danger. Le centre, qui rêvait il y a peu de se doter d’une clinique vétérinaire propre et d’un sanctuaire ouvert pour ses pensionnaires les plus fragiles, se trouve aujourd’hui à un tournant : sans un soutien renouvelé, l’unique centre de sauvetage de paresseux du pays pourrait devoir mettre fin à une activité qui, bon an mal an, a permis de rendre à la forêt plusieurs centaines d’animaux qui, sans intervention, seraient morts électrocutés, mordus ou renversés dans les rues des Altos Mirandinos.

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Fondation Chuwie
Où suivre la fondation ?
La Fondation Chuwie n’a pas de site internet dédié : sa fiche professionnelle sur LinkedIn renvoie elle-même vers son compte Instagram, qui fait office de vitrine principale. Pour suivre son actualité ou la soutenir, ses comptes sur les réseaux sociaux restent donc le seul canal officiel :
- Instagram : @chuwieelgalan
- Facebook : Chuwie el Galan, The Sloth
Sources
- El País, Mapas del terremoto en Venezuela: las imágenes satélite confirman un reguero de edificios derruidos, 28 juin 2026 : elpais.com
- El Estímulo, Chuwie, la fuerza está con las perezas, 9-10 juin 2022 : elestimulo.com
- El Estímulo, Van 102 perezas rescatadas en San Antonio de Los Altos, 14 mars 2022 : elestimulo.com
- Crónica Uno, El rescate del perezoso Chuwie inspiró la creación de un centro de rehabilitación para su especie, 2021 : cronica.uno
- LaPatilla (AFP), En Venezuela, una pareja se dedica al rescate de perezosos en peligro para liberarlos en su hábitat, 2 octobre 2021 : lapatilla.com
- Últimas Noticias, Un encuentro con una pereza electrocutada lleva a la creación de la Fundación Chuwie, 19 mars 2023 : ultimasnoticias.com.ve
- Fedecámaras Radio, Chuwie: primer centro de rescate de perezosos en Miranda, 2025 : fedecamarasradio.com
- Ministerio del Poder Popular para el Ecosocialismo (Minec), Liberadas cuatro perezas adultas y una cría, 11 mars 2023 : minec.gob.ve
- Wikipedia (es), Terremotos de Venezuela de 2026 : es.wikipedia.org
- Cuentas Venezuela, Terremoto Venezuela 2026: muertos, daños y estados afectados : cuentasvenezuela.org
- LinkedIn, Chuwie Centro de Rescate y Rehabilitación de Perezosos (fiche institutionnelle) : ve.linkedin.com







