La fraude aux examens d’admission de la plus grande université publique du pays met en évidence un modèle très inégal sur le plan territorial, qui concentre la demande en matière d’éducation dans une poignée d’établissements.
Au Mexique, la plus grande université publique ébranlée par un scandale de fraude aux examens
L’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), plus grande institution d’enseignement supérieur du pays, traverse depuis cet été l’une des crises les plus sérieuses de son histoire récente. En cause : de graves soupçons de fraude entourant le concours d’admission à la licence pour l’année 2026-2027, un processus entièrement dématérialisé pour la première fois cette année et qui s’est transformé en fiasco.
Un concours en ligne miné par les irrégularités
Plus de 158 000 candidats ont participé à la deuxième journée d’épreuves du Concours de sélection pour l’entrée en licence 2026, sur un total dépassant les 191 000 inscrits. Très vite, l’université a détecté des « actions contraires à la convocation et à la réglementation universitaire », évoquant dans un communiqué officiel de possibles « pratiques illégales de personnes et d’entreprises ayant trompé des familles en leur vendant des services frauduleux » censés garantir la réussite à l’examen.
Le 3 juillet, l’UNAM a déposé une plainte pénale auprès du parquet de Mexico, qui a ouvert une enquête pour fraude. Des perquisitions ont depuis été menées dans plusieurs officines et centres de préparation soupçonnés d’avoir vendu de faux services d’aide à l’examen. Selon les informations disponibles, environ 2 % des épreuves ont été annulées en raison d’anomalies constatées le jour même : usage de téléphones portables, présence de tiers auprès des candidats, ou soupçons d’usurpation d’identité.
Mais le plus troublant reste ailleurs. Après la publication des résultats, des candidats ont dénoncé une distribution statistique des scores jugée « mathématiquement impossible » en conditions normales. Un pic suspect de très bons résultats qui a alimenté les accusations d’usage massif d’intelligence artificielle pour répondre aux questions à distance. Des manifestations ont eu lieu devant la tour du rectorat, tandis qu’une pétition en ligne dénonçait par ailleurs un système d’évaluation par IA qui aurait pénalisé à tort des candidats victimes de simples problèmes de connexion.
La riposte de l’université
Face à la contestation, le recteur Leonardo Lomelí a mis en place une Commission technique chargée de réexaminer l’ensemble du processus. Il a également présenté des excuses aux candidats admis dont la légitimité du parcours pourrait être injustement remise en cause par la suite. L’UNAM a par ailleurs mis fin par anticipation à son contrat avec l’entreprise Territorium Life, prestataire technique associé à l’organisation de l’examen virtuel, et annoncé la tenue de plusieurs audits.
Début août, la Commission a rendu ses premières conclusions et recommandé l’organisation d’un « examen de contrôle » en présentiel, destiné à vérifier les résultats du concours en ligne. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il ne s’agit pas d’un nouvel examen à proprement parler, mais d’une épreuve de vérification visant, selon les mots du recteur, à s’assurer que les candidats retenus « ont réellement fourni un effort, sans bénéficier d’une aide leur donnant un avantage » sur les autres.
Cet examen de contrôle, obligatoire pour l’ensemble des candidats déjà admis, se tiendra en personne et sous surveillance humaine, une rupture avec la formule dématérialisée qui a précipité la crise. Il constitue également une seconde chance pour les candidats recalés dont le score se situait au-dessus du seuil minimal historique d’admission (2021-2026) pour la filière visée. Les épreuves se dérouleront entre le 12 et le 19 août dans quatre villes du pays (León, Oaxaca, Tijuana et Mexico), avant la reprise des cours, prévue le 17 août pour les étudiants déjà inscrits.
Une université sur la défensive
L’UNAM a multiplié les mises en garde contre les officines proposant, moyennant paiement, de « garantir » l’admission : la direction générale de l’administration scolaire rappelle qu’aucune démarche d’inscription n’est payante et qu’aucun organisme extérieur n’est habilité à intervenir dans le processus. Elle se réserve par ailleurs le droit d’annuler une inscription même après publication des résultats, si des irrégularités venaient à être découvertes ultérieurement.
Au-delà de l’incident technique, l’affaire interroge la capacité des grandes institutions académiques à garantir l’intégrité de processus de sélection de masse à l’heure de l’intelligence artificielle générative, et illustre les tensions nouvelles entre dématérialisation des concours et exigence d’équité. Pour l’UNAM, dont la réputation d’excellence et l’autonomie constitutionnelle sont un pilier de son identité, l’épisode restera comme un signal d’alarme sur la vulnérabilité des dispositifs d’évaluation en ligne face à la fraude organisée.
D’autres établissements de l’enseignement supérieur sont aussi sur la sellette comme l’Universidad Nacional Rosario Castellanos (UNRC) qui est une université décentralisée et dont les critères d’admission sont particulièrement laxistes.
Sources : El País, Infobae, Milenio, La Jornada, El Financiero, RPP, TV Azteca (juillet-août 2026).






