Le président de la banque centrale, Carlos Carvallo, démissionne alors que les députés lancent une procédure de destitution à l’encontre du président Santiago Peña et que le parquet enquête sur d’éventuelles irrégularités.
Le déclencheur : la chute d’Ueno Bank
Tout a commencé le mardi 3 novembre, la Banque centrale du Paraguay (BCP) a pris le contrôle d’Ueno Bank, une banque numérique liée au président Santiago Peña, privant ses épargnants d’un accès immédiat à leurs fonds. L’établissement était très populaire avec trois millions de clients, dont beaucoup de retraités. Constatant que la banque ne pouvait pas couvrir ses passifs, la BCP a lancé une procédure de liquidation. Les épargnants se sont vu promettre un premier versement plafonné à 10 millions de guaraníes, soit environ 1 675 dollars. Des fonds publics sont aussi bloqués : la compagnie publique d’électricité indique que 21 millions de dollars de prêts de la BID et de Taïwan, destinés à des travaux publics, sont bloqués dans la banque.
Les liens avec Peña
Peña a été associé en affaires au Grupo Vázquez, le conglomérat propriétaire d’Ueno, jusqu’en mars 2025. Le point le plus sensible concerne la Banque centrale : son président, Carlos Carvallo, avait été nommé par Peña en 2023 alors qu’il dirigeait Ueno Bank. Les critiques dénonçaient déjà ce choix comme un conflit d’intérêts dès le début du mandat. Les parlementaires reprochent en outre à Peña d’avoir laissé la caisse de retraite publique déposer 355 millions de dollars dans la banque, au-delà des limites légales.
L’emballement politique
Peña a réclamé sur les réseaux sociaux la démission immédiate de Carvallo, qui a quitté son poste, et le président a annulé son déplacement au 30e Sommet ibéro-américain de Madrid. Le soir même, des centaines de manifestants envahissaient le centre d’Asunción (la capitale du pays) pour exiger son départ. Le mercredi 4 novembre, l’opposition a déposé une demande de procès politique contre Peña et son vice-président Pedro Alliana. Le soutien de son propre camp, le Parti colorado, s’est effondré : vendredi, son ministre de l’Intérieur, son chef de cabinet, son conseiller juridique et son conseiller politique avaient tous démissionné.
Destitution et assignation à résidence
Le vendredi 6 novembre, les 44 sénateurs présents ont voté sa destitution, au lendemain d’un vote unanime de la Chambre basse en faveur de la mise en accusation. C’est le deuxième président paraguayen chassé par impeachment depuis le retour à la démocratie en 1989 (après Fernando Lugo en 2012). Pedro Alliana a prêté serment comme nouveau président le même jour. Peña a tenté de démissionner, mais la destitution l’a privé de l’immunité dont il aurait bénéficié si le Sénat avait accepté sa démission. Il a été placé en résidence surveillée pour suspicion d’abus de confiance, et le parquet a aussi ordonné l’arrestation de Carlos Carvallo. Peña nie toute faute. Il restera assigné à domicile jusqu’à ce qu’un juge statue sur son lieu de détention pendant la procédure pénale.
Un politologue de l’Université nationale d’Asunción résume l’enjeu de fond : sous Peña, la Banque centrale aurait perdu toute crédibilité et neutralité et elle a relâché ses contrôles au profit du groupe d’affaires dont Ueno était l’un des piliers.
Sources :
- CNN – Paraguay president impeached and under house arrest
- Bloomberg
- Primicias (EFE/AFP)
- T13
- La Nación
- Latin Times
Illustration : Des policiers montent la garde devant une agence de la banque Ueno lors d’une manifestation organisée par des déposants à la suite de la mise sous tutelle de l’établissement par la Banque centrale du Paraguay, à Asunción, le 3 novembre 2026. Le 3 novembre, la Banque centrale du Paraguay a pris le contrôle d’un important établissement bancaire lié au président Santiago Pena, privant ainsi des millions de déposants, dont des retraités, de l’accès à leur argent. Photo de DANIEL DUARTE / AFP. Capture d’écran du site Latintimes.
Santiago Peña Palacios, né le 16 novembre 1978 à Asunción, est un homme d’État paraguayen. Après avoir été membre de la Banque centrale (2000-2009) et ministre des Finances (2015-2017), il est candidat victorieux du Parti colorado (ANR-PC) à l’élection présidentielle de 2023 et prend ses fonctions de président de la République le 15 août 2023. Il présente sa démission le 5 novembre 2026 en pleine crise financière après la faillite d’Ueno bank, la principale banque du pays. Il est ensuite destitué le lendemain par le Sénat.
