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Après 88 années de négociations techniques et diplomatiques, la Bolivie et le Paraguay ont officialisé le 16 septembre 2026 le tracé complet de leur frontière commune de 755 kilomètres. Héritée de la guerre du Chaco (1932-1935), cette résolution fait des deux nations les seuls pays sud-américains aux frontières entièrement délimitées, redéfinissant les équilibres de sécurité régionale.

Une réunion de trois jours pour clore neuf décennies de travail

L’accord a été scellé à La Paz à l’issue d’une réunion de trois jours, du 14 au 16 septembre 2026, de la Commission mixte de démarcation des limites boliviano-paraguayennes, un processus diplomatique et technique entamé il y a 88 ans, réunion qui a permis de délimiter le dernier tronçon de frontière encore en suspens. Dans un communiqué, le ministère bolivien des Affaires étrangères a résumé l’événement comme l’achèvement de la délinéation complète de leur frontière internationale par les commissions techniques des deux pays sur près de neuf décennies. 

Les cicatrices de la guerre du Chaco

Ce contentieux frontalier trouve son origine dans l’un des conflits les plus meurtriers qu’ait connus l’Amérique latine au XXe siècle. Entre 1932 et 1935, Bolivie et Paraguay se sont affrontés pour le contrôle de la région aride du Chaco Boreal, un conflit qui a fait entre 80 000 et 100 000 morts et s’est soldé par la perte, pour la Bolivie, d’un territoire équivalent à plus de la moitié de la superficie actuelle du Paraguay. Un traité de paix signé en 1938 avait mis fin aux hostilités et lancé le long chantier de démarcation des 755 kilomètres de frontière commune. 

Pourquoi 88 ans ont-ils été nécessaires ?

Trois facteurs expliquent la lenteur inhabituelle de ce processus : la complexité géographique des territoires concernés, le poids historique et psychologique laissé par la guerre, et des moyens techniques restés limités jusqu’aux années 2000. 

Le dernier verrou, un tronçon de 3,5 kilomètres le long du Rio Negro, a longtemps résisté aux méthodes traditionnelles. Depuis le traité de 1938, les commissions techniques butaient sur cette zone : la rivière, dont la source se trouve en Bolivie, traverse une région où les variations saisonnières modifient son cours, rendant toute démarcation classique incertaine. C’est finalement le recours à des drones de haute précision et à des technologies géographiques modernes, mobilisés lors de campagnes de vol menées entre 2024 et 2026 pour observer le secteur sous diverses conditions hydrologiques, qui a permis de cartographier ce dernier segment et de trancher ce que huit décennies de pourparlers n’avaient pu résoudre.

Un précédent pour le sous-continent

Au-delà de sa dimension technique, l’accord a une portée symbolique forte : il fait de la Bolivie et du Paraguay les deux seuls pays d’Amérique du Sud à disposer de frontières entièrement délimitées, établissant un précédent géopolitique pour d’autres différends frontaliers persistants sur le continent. Le ministère paraguayen des Affaires étrangères a souligné de son côté que les deux États seraient désormais les seuls du sous-continent dans ce cas.

Les autres différends frontaliers sud-américains

L’accord bolivo-paraguayen tranche nettement avec deux autres contentieux territoriaux sud-américains, restés eux beaux et bien actifs sur le continent.

Chili-Bolivie : un différend juridiquement clos, politiquement vivant

Le cas le plus proche géographiquement de la Bolivie est celui qui l’oppose au Chili depuis la guerre du Pacifique (1879-1884). À l’issue de ce conflit, la Bolivie a perdu la totalité de son littoral, plus de 400 kilomètres de côtes sur l’océan Pacifique au moment de son indépendance, cédé au Chili par le traité de paix et d’amitié de 1904, qui lui accorde en échange un droit de transit commercial dans les ports chiliens.

Contrairement au dossier paraguayen, ce différend n’a pas trouvé d’issue négociée : c’est la Cour internationale de justice qui a tranché. Saisie par la Bolivie en 2013, celle-ci soutenait que le Chili avait l’obligation de négocier de bonne foi un accès souverain à la mer, une obligation qui, selon elle, existait indépendamment du traité de 1904. Le Chili a répliqué en rappelant qu’il avait fait bien davantage que ce que lui imposait le traité, ayant construit trois nouvelles installations frontalières et modernisé les ports d’Arica, d’Iquique et d’Antofagasta au bénéfice du commerce bolivien. La Cour a tranché en faveur de Santiago en octobre 2018, jugeant qu’aucune obligation juridique de ce type ne pesait sur le Chili.

Le dossier est donc juridiquement clos depuis sept ans, mais reste une plaie ouverte dans l’imaginaire national bolivien, où l’accès souverain à l’océan demeure une revendication politique récurrente, ravivée à chaque échéance électorale.

Guyana-Venezuela : l’Essequibo, un contentieux exacerbé par le pétrole

Le contraste est plus frappant encore avec le différend qui oppose depuis plus d’un siècle le Guyana et le Venezuela au sujet de l’Essequibo, une région de 159 500 kilomètres carrés, plus de deux fois la superficie du Portugal, qui représente environ les deux tiers du territoire guyanien. Fondé sur la contestation par Caracas d’une sentence arbitrale de 1899, ce contentieux était resté largement dormant jusqu’à la découverte, en 2015, d’immenses réserves pétrolières offshore par ExxonMobil, qui ont depuis propulsé le Guyana au rang des pays produisant le plus de brut par habitant au monde.

Le dossier a connu une escalade spectaculaire : référendum vénézuélien de décembre 2023 revendiquant l’annexion du territoire, loi votée par Caracas en 2024 érigeant l’Essequibo en État vénézuélien, puis saisine de la Cour internationale de justice par le Guyana. La Cour, qui s’est déclarée compétente en 2023, a tenu ses audiences orales sur le fond de l’affaire en mai 2026, le Guyana demandant la validation de la sentence de 1899 tandis que le Venezuela continue de contester la juridiction de la Cour. Une décision définitive n’est pas attendue avant plusieurs mois.

Malgré les bouleversements traversés par le pouvoir vénézuélien ces derniers mois, la revendication sur l’Essequibo reste l’un des rares points de consensus entre les différentes factions politiques du pays. Du côté guyanien, la vigilance reste de mise : le président Irfaan Ali a récemment averti que la situation intérieure du Venezuela ne réduisait en rien la menace pesant sur son territoire.

Trois trajectoires, un même héritage colonial et de guerre

Ces trois dossiers, chacun né de guerres ou de tracés hérités de l’ère coloniale et post-coloniale, illustrent des voies de résolution radicalement différentes : le règlement technique et bilatéral pour la Bolivie et le Paraguay, l’arbitrage judiciaire international pour le Chili et la Bolivie, l’escalade géopolitique alimentée par l’enjeu énergétique pour le Guyana et le Venezuela. L’accord du 16 septembre 2026 se distingue ainsi moins par sa rareté factuelle, les frontières sud-américaines restent globalement stabilisées depuis un siècle, que par son mode de résolution : une démarcation patiente, dénuée de contentieux judiciaire ou de tension militaire, menée à son terme par la seule persévérance de commissions techniques.