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La justice brésilienne a mis sous pression, cette semaine, l’ancien président Jair Bolsonaro et son fils Flavio, candidat à la présidentielle d’octobre. En cause : une vidéo générée par intelligence artificielle, diffusée samedi lors du lancement officiel de la campagne de Flavio, dans laquelle un « clone » numérique de l’ex-chef de l’État appelle à voter pour son fils.

Un avatar numérique pour contourner l’interdiction de parole

Jair Bolsonaro purge actuellement, à son domicile de Brasília, une peine de vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État après sa défaite face à Lula lors du scrutin de 2022. Ses conditions de détention lui interdisent strictement de s’exprimer publiquement : il ne peut ni utiliser les réseaux sociaux, ni son téléphone, ni faire de déclarations publiques. Une peine qu’il purge chez lui depuis mars, la justice ayant accepté de le placer en résidence surveillée pour raisons de santé, après plusieurs mois passés en détention.

C’est dans ce contexte qu’un deepfake troublant a été projeté samedi lors de la convention du Parti libéral (PL), la formation d’extrême droite qui a officiellement investi Flavio Bolsonaro comme candidat à la présidentielle. Sur les écrans, une reproduction numérique de la voix et du visage de Jair Bolsonaro s’adressait aux militants, précisant elle-même être une simulation créée par intelligence artificielle. L’avatar évoquait son emprisonnement et son silence forcé, avant d’inviter l’assistance à soutenir la candidature de son fils.

La Cour suprême exige des explications sous 48 heures

Dans une décision publiée mardi soir (28/07), la Cour suprême a sommé la défense de l’ex-président de préciser, sous 48 heures, si cette vidéo avait été réalisée avec son consentement. L’enjeu juridique est double, selon le juge Alexandre de Moraes, qui a supervisé l’ensemble de la procédure contre Bolsonaro :

  • Si Jair Bolsonaro a autorisé l’utilisation de son image, cela pourrait constituer une violation grave des conditions de son assignation à résidence.
  • S’il ne l’a pas autorisée, c’est son fils Flavio qui pourrait avoir enfreint la loi électorale brésilienne, laquelle interdit la création de deepfakes de personnalités publiques pour véhiculer des messages politiques sans leur accord.

Le magistrat a par ailleurs souligné un point plus large : même avec une autorisation en bonne et due forme, la loi électorale proscrit le recours à des deepfakes destinés à favoriser ou nuire à une candidature. Selon lui, le fait de laisser croire aux électeurs que l’ancien président participe activement à la campagne pourrait constituer un cas manifeste de désinformation électorale.

Mercredi 29 juillet, Jair Bolsonaro a nié, par l’intermédiaire de sa défense, avoir autorisé l’utilisation de son image et de sa voix pour cette vidéo.

Une candidature déjà sous surveillance judiciaire

Cet épisode s’inscrit dans un climat de tension croissante entre le camp Bolsonaro et la Cour suprême. Le 13 juillet déjà, la haute juridiction avait interdit à Flavio Bolsonaro de rendre visite à son père en détention jusqu’à l’issue du premier tour de l’élection, une mesure destinée à limiter les canaux de communication entre les deux hommes.

Flavio Bolsonaro, 44 ans, sénateur depuis 2019 et ancien député d’État de Rio de Janeiro, avait été désigné candidat du Parti libéral en décembre dernier, avec la bénédiction de son père, désormais considéré comme le chef honoraire du parti, bien qu’il soit lui-même inéligible jusqu’en 2030. Ce choix, perçu comme un geste envers la base la plus radicale de l’électorat bolsonariste, avait été préféré à d’autres options un temps envisagées, comme une candidature de l’ex-première dame Michelle Bolsonaro ou du gouverneur de São Paulo, Tarcísio de Freitas.

Flavio Bolsonaro devra affronter en octobre le président sortant Lula, qui brigue un quatrième mandat non consécutif. L’élection est prévue le 4 octobre 2026.

Un cas d’école sur les deepfakes en campagne électorale

Au-delà du feuilleton judiciaire entourant la famille Bolsonaro, cette affaire illustre un défi désormais classique pour les démocraties : l’usage de l’intelligence artificielle générative pour contourner des restrictions légales ou judiciaires pendant une campagne électorale.

Le Brésil dispose d’un cadre législatif relativement strict en la matière, mais ce cas testera sa capacité à sanctionner rapidement un usage aussi spectaculaire, et aussi explicitement assumé, puisque la vidéo se présentait elle-même comme une simulation, d’un deepfake politique.

La décision de la Cour suprême sur la suite à donner à cette affaire est désormais attendue…