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Zacatecas : le Cartel de Sinaloa revendique le meurtre de dix hommes, la terreur de l’extorsion refait surface

Un massacre qui porte la marque du crime organisé

Zacatecas replonge dans l’horreur. À la mi-juillet 2026, les corps de dix hommes ont été découverts simultanément à plusieurs endroits de l’État, certains suspendus à des ponts, une mise en scène macabre que les cartels affectionnent pour marquer leur territoire et intimider la population. Le message est immédiat : dans cette région du centre-nord du Mexique, le crime organisé impose sa loi.

La ville de Fresnillo, dans l’État mexicain de Zacatecas, au centre du pays, est la plus touchée par le massacre de dix hommes survenu ce week-end. C’est là que travaillaient au moins six des victimes. La découverte de la moitié des corps pendus à un pont, à demi-nus et portant des traces de torture, après qu’ils eurent tous été enlevés, a semé la peur parmi la population, qui compte environ 240 000 habitants, et provoqué une vive émotion dans tout le pays.

Des membres présumés de factions affiliées au Cartel de Sinaloa (Los Mayos et Los Cabrera) ont revendiqué la tuerie dans une vidéo diffusée dans la foulée. Ils affirment avoir agi « sur commande » (por encargo) et interpellent directement les autorités, en particulier le gouverneur de l’État, David Monreal, qu’ils accusent implicitement de complicités ou d’accords tacites avec des réseaux criminels rivaux.

Une enquête qui pointe vers l’extorsion et la collusion

Le parquet de Zacatecas (Fiscalía) privilégie une piste précise : celle de réseaux d’extorsion systématique, potentiellement adossés à la collusion de fonctionnaires locaux et de chefs d’entreprise avec les groupes criminels. Cinq suspects ont déjà été interpellés dans le cadre d’opérations conjointes menées par les forces de sécurité de l’État.

Cette affaire illustre une tendance de fond largement documentée : les cartels ne se contentent plus du seul trafic de stupéfiants. Le cobro de piso, l’extorsion généralisée imposée aux commerçants, agriculteurs, entrepreneurs et élus locaux, s’est banalisé, installant un climat de terreur quotidienne bien au-delà des zones traditionnellement associées au narcotrafic.

Zacatecas, carrefour disputé entre deux géants

Si cet État attire une violence aussi intense, ce n’est pas un hasard. Zacatecas occupe une position stratégique sur les routes de transport de la drogue vers le nord et la frontière américaine. Il constitue depuis plusieurs années un front disputé entre le Cartel de Sinaloa et le Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), deux organisations qui s’y livrent une guerre de territoire sans merci.

Un massacre qui s’inscrit dans une dynamique nationale plus large

Ce drame doit être replacé dans le contexte sécuritaire mexicain sous la présidence de Claudia Sheinbaum, en poste depuis octobre 2024. Si le gouvernement met en avant une baisse officielle des homicides, près de 48 % entre septembre 2024 et mi-2026, une tendance également confirmée par le Mexico Peace Index pour 2025, cette embellie statistique masque une reconfiguration de la violence plutôt qu’un véritable recul.

L’affaiblissement de certaines structures criminelles historiques, notamment après l’arrestation d’Ismael « El Mayo » Zambada et l’éclatement consécutif du Cartel de Sinaloa, a paradoxalement démultiplié les foyers de conflit. Les guerres intestines entre factions rivales, à l’image de l’affrontement entre Los Mayos et Los Chapitos dans l’État de Sinaloa, ont pris le relais des grandes structures unifiées, avec un niveau de brutalité souvent supérieur.

Human Rights Watch et plusieurs ONG rappellent par ailleurs que la baisse des homicides coexiste avec un nombre alarmant de disparitions forcées. En effet, plus de 113 000 personnes portées disparues à l’échelle nationale ! Mais des requalifications juridiques tendent à minorer la réalité des violences.

La stratégie Sheinbaum : continuité et virage technologique

Pour faire face à cette menace évolutive, le gouvernement mexicain déploie une stratégie reposant sur quatre piliers majeurs :

  1. Le renseignement ciblé : via le Centre National de Renseignement (CNI), l’exécutif cherche à neutraliser les « générateurs de violence » opérationnels plutôt que de mener de vastes affrontements frontaux, en concentrant les forces sur les dix municipalités les plus critiques du pays.
  2. L’ancrage militaire de la Garde Nationale : désormais intégrée au ministère de la Défense (SEDENA), la Garde Nationale pallie le manque de moyens ou la corruption des polices locales.
  3. L’asphyxie financière et judiciaire : la cellule de renseignement financier (UIF) multiplie le gel des comptes bancaires liés à l’extorsion et aux complicités politiques.
  4. La prévention sociale : le gouvernement maintient les programmes d’aide à la jeunesse pour éviter que les cartels ne continuent d’enrôler facilement de nouvelles recrues.

L’équation internationale

À cette équation interne s’ajoute la pression constante des États-Unis. Alors que Washington a classé plusieurs cartels mexicains parmi les organisations terroristes étrangères pour enrayer le trafic de fentanyl, Mexico tente d’imposer une ligne de souveraineté : coopérer sur le plan sécuritaire, tout en exigeant des États-Unis un contrôle rigoureux du flux d’armes à feu illégales qui traversent la frontière vers le sud et alimentent directement les arsenaux des cartels.


Le massacre de Zacatecas rappelle ainsi, de façon brutale, que la baisse des chiffres officiels de la violence au Mexique ne dit qu’une partie de l’histoire : celle d’un crime organisé qui se fragmente, se diversifie et continue d’imposer sa terreur par des méthodes toujours plus spectaculaires.

Les États-Unis confisquent 261 milliards de pesos à « El Mayo » Zambada après l’avoir condamné à la prison à perpétuité

Un juge fédéral américain a condamné « El Mayo » Zambada à la prison à perpétuité et a ordonné la confiscation de 15 milliards de dollars. Ce montant dépasse les 261 milliards de pesos mexicains.

« El Mayo » Zambada, 76 ans, est cofondateur du cartel de Sinaloa. Ancien agriculteur possédant de vastes connaissances agricoles et botaniques, Zambada commence sa carrière criminelle en faisant passer en contrebande quelques kilogrammes de drogue à l’époque, puis augmente la production d’héroïne et de marijuana de son gang tout en consolidant sa position de trafiquant de cocaïne colombienne.

La décision a été rendue par le juge Brian Cogan, de la Cour fédérale du district Est de New York, après que Zambada eut plaidé coupable de délits liés au trafic international de stupéfiants, au crime organisé et au blanchiment d’argent. Outre la réclusion à perpétuité, la condamnation prévoit la confiscation des avoirs liés aux activités criminelles pour lesquelles il a été poursuivi.

Le Sinaloa, officiellement l’État libre et souverain de Sinaloa (Estado Libre y Soberano de Sinaloa est un État du Mexique situé sur la côte du golfe de Californie (océan Pacifique). 

 

Le Mexique

Population : environ 133 millions d’habitants en 2026.

Situation économique

  • PIB nominal : 2,12 billions de dollars en 2026 (FMI), avec une croissance attendue de 1,6 %. Le Mexique se classe au 15e rang mondial pour le PIB nominal. 
  • PIB par habitant : environ 15 779 dollars en 2026, en hausse de 14,8 % par rapport à 2025 (13 741 dollars).
  • IDH (Indice de développement humain) : 0,781 point, plaçant le pays au 77e rang mondial sur 193 pays. France : 0,901 Brésil : 0,26 [ L’IDH permet de comparer les niveaux de développement entre pays. Il varie entre 0 (développement très faible) et 1 (développement très élevé) ]

Marché du travail et niveau de vie

  • Chômage : très bas officiellement 2,4 % fin 2025, son niveau le plus faible depuis deux décennies, porté par des hausses de salaire minimum (+125 % en termes réels entre 2018 et 2025). 
  • Mais ce chiffre cache une réalité plus fragile : l’informalité a progressé à 54,6 % fin 2025 (contre 53,7 % fin 2024), signe d’une détérioration de la qualité des emplois, plus d’un travailleur sur deux évolue hors du cadre légal, sans protection sociale contributive.
  • Protection sociale : il n’existe pas de revenu minimum garanti universel comparable au RSA français ; l’État privilégie des transferts monétaires ciblés (personnes âgées, personnes en situation de handicap, étudiants boursiers). 
  • Pauvreté : les données les plus robustes datent d’avant 2025, avec un taux de pauvreté multidimensionnelle autour de 43,6 %, et un écart marqué entre zones rurales (58,2 % de pauvreté) et urbaines (39,2 %). Un clivage territorial qui recoupe largement les zones les plus touchées par la violence liée au narcotrafic évoquées dans votre article sur Zacatecas. 

Sources principales : Woldometer et FMI

Pradoxe : les USA ont encouragé la culture du pavot en Amérique latine et particulièrement au Mexique, dans les années 1940…

Le narcotrafic ne date pas d’hier au Mexique, c’est un phénomène qui s’est construit sur près d’un siècle, avec plusieurs vagues d’intensification.

Les origines : XXe siècle

Les premières cultures illicites (pavot, cannabis) apparaissent dès les années 1920-1930 dans le nord-ouest du pays, notamment dans la région montagneuse appelée le « Triangle d’or » (à cheval sur Sinaloa, Durango et Chihuahua). La Seconde Guerre mondiale joue un rôle paradoxal : les États-Unis, coupés de leurs sources asiatiques d’opium médical, encouragent temporairement la culture du pavot au Mexique, un savoir-faire agricole qui ne disparaîtra jamais vraiment ensuite.

Les années 1970-1980 : la structuration

Le vrai tournant vient de la répression américaine du trafic caribéen dans les années 1980 (opérations contre les cartels colombiens de Medellín et Cali). Les Colombiens, cherchant de nouvelles routes vers les États-Unis, s’associent aux réseaux mexicains déjà rodés au transport terrestre transfrontalier. Le Mexique passe alors du statut de simple producteur régional à celui de plaque tournante majeure du trafic de cocaïne vers l’Amérique du Nord.

Les années 1990-2000 : fragmentation et guerre ouverte

La chute des cartels colombiens laisse le champ libre aux organisations mexicaines, qui prennent le contrôle direct des routes. Le Cartel de Guadalajara originel se scinde en plusieurs structures rivales, dont le Cartel de Sinaloa. La véritable explosion de violence survient à partir de 2006, quand le président Felipe Calderón lance une offensive militaire frontale contre les cartels : la stratégie fragmente encore davantage les organisations, multipliant les guerres de territoire plutôt que de les éradiquer. C’est le début de la période la plus meurtrière de l’histoire récente du pays.

Pourquoi Sinaloa spécifiquement ?

Plusieurs facteurs géographiques et historiques expliquent le rôle central de cet État :

  • Le terrain : la Sierra Madre occidentale, qui traverse l’État, offre un relief accidenté idéal pour dissimuler des cultures et échapper aux forces de l’ordre, c’est précisément cette zone qui forme le fameux « Triangle d’or ».
  • L’antériorité historique : Sinaloa est le berceau des toutes premières cultures de pavot et de cannabis dès le début du XXe siècle ; les savoir-faire et les réseaux familiaux s’y sont transmis sur plusieurs générations.
  • La position géographique : l’État donne sur le Pacifique, avec des ports facilitant à la fois l’exportation et, plus récemment, l’importation de précurseurs chimiques (notamment pour le fentanyl) en provenance d’Asie.
  • L’ancrage social : dans certaines zones rurales pauvres, le narcotrafic s’est imposé comme une économie parallèle offrant des revenus que l’État ne proposait pas, ce qui a facilité son enracinement culturel et son acceptation sociale locale, visible par exemple dans les narcocorridos, ces chansons populaires glorifiant les figures du trafic.

Le Cartel de Sinaloa, longtemps dominé par Joaquín « El Chapo » Guzmán puis par Ismael « El Mayo » Zambada, est ainsi devenu l’organisation la plus emblématique et la plus internationalisée du narcotrafic mexicain, ce qui, d’ailleurs, explique pourquoi son éclatement récent, évoqué dans votre article sur Zacatecas, a un tel impact sur la reconfiguration actuelle de la violence.

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