Et c’est si rapide que ce phénomène inquiétant est visible depuis l’espace…
Les images fournies par un puissant système radar de la NASA révèlent des taux d’affaissement supérieurs à 1,3 cm par mois, ce qui fait de la ville l’une des capitales qui s’enfoncent le plus rapidement sur la planète.
Cette métropole tentaculaire, qui figure également parmi les plus grandes villes du monde, s’étend au bord d’un lac d’altitude et repose sur une ancienne nappe phréatique qui fournit environ 60 % de l’eau potable aux 22 millions d’habitants de la ville.
Avec un affaissement record atteignant 50 centimètres par an dans certains quartiers, Mexico ne se contente plus de subir les lois de la gravité : elle s’enfonce littéralement dans le sol. Ce phénomène de subsidence, visible depuis l’espace, est le résultat d’un cocktail explosif entre héritage colonial, géologie capricieuse et gestion moderne des ressources.
Au fil des ans, ce nappe phréatique a été tellement surexploitée que le sol qui la recouvre s’est affaissé. Cette surexploitation a également contribué à une crise chronique de l’eau qui fait que Mexico risque de connaître un « jour zéro », où les robinets se tariront.
Un péché originel : Bâtir sur l’eau
Pour comprendre pourquoi Mexico sombre, il faut remonter au XIVe siècle. Les Aztèques fondent alors Tenochtitlan sur une île du lac Texcoco. À l’époque, la ville coexiste avec l’eau grâce à un système ingénieux de chaussées et de jardins flottants (chinampas).
C’est la colonisation espagnole qui rompt cet équilibre. Pour étendre la cité, les conquérants entreprennent le drainage massif du lac. Aujourd’hui, la métropole repose sur ce qui fut autrefois le fond d’une lagune : une couche d’argile sédimentaire ultra-compressible, semblable à une éponge saturée d’eau, emprisonnée sous le béton.
L’aquifère : Une éponge que l’on vide
Le véritable moteur de cette chute libre est invisible, enfoui sous les pieds des 21 millions d’habitants. Pour étancher la soif de la population, la ville puise massivement dans son aquifère profond.

À mesure que l’eau est extraite, la pression hydrostatique diminue. Sans l’eau pour soutenir les pores de l’argile, le sol se compacte sous le poids colossal de l’infrastructure urbaine. C’est le principe de la subsidence : une fois écrasée, cette « éponge » géologique perd sa capacité à se réhydrater. L’affaissement est donc irréversible.
Le cercle vicieux des infrastructures
Ce naufrage terrestre crée un paradoxe tragique. Alors que la ville s’enfonce, ses réseaux de canalisations se brisent sous la tension du sol qui bouge. On estime que 40 % de l’eau potable s’échappe dans le sol via ces ruptures avant même d’atteindre les habitations.
Ces fuites obligent la municipalité à pomper encore plus d’eau dans les nappes phréatiques, ce qui accélère à son tour l’enfoncement. De plus, la ville se trouvant désormais plus basse que les systèmes de drainage environnants, les eaux usées doivent être pompées vers le haut pour éviter des inondations catastrophiques à chaque saison des pluies.
Un futur incertain
Les données satellites (InSAR) confirment que le rythme ne ralentit pas. Même si l’extraction d’eau cessait demain, l’inertie du compactage de l’argile maintiendrait l’enfoncement pendant encore des décennies. Pour Mexico, le défi n’est plus seulement de croître, mais de trouver un nouvel équilibre avec son sous-sol avant que l’histoire ne finisse par engloutir ce qu’elle a bâti.

La promenade du Vice-roi dans le Canal de la Viga, par Pedro Villegas en 1706. Musée Soumaya. Il s’agit de la plus ancienne représentation connue du Canal de la Viga et des chinampas.
À l’origine, une grande partie de la vallée se trouvait sous les eaux du lac Texcoco, un système de lacs salés et d’eau douce interconnectés. Les Aztèques ont construit des digues pour séparer l’eau douce utilisée pour les cultures dans les chinampas (jardins flottants ou îles artificielles pour l’agriculture) et pour prévenir les inondations récurrentes. Ces digues ont été détruites lors du siège de Tenochtitlan et, à l’époque coloniale, les Espagnols ont régulièrement asséché le lac pour prévenir les inondations. Il ne reste qu’une petite partie du lac d’origine, située à l’extérieur de la ville de Mexico, dans la municipalité d’Atenco, dans l’État de Mexico.






