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La rĂ©forme du travail de Milei, jugĂ©e inconstitutionnelle, fait l’objet d’une plainte auprès de la CIDH

Les organisations syndicales ont dĂ©noncĂ© l’incompatibilitĂ© de la rĂ©forme du travail avec les normes interamĂ©ricaines et ont demandĂ© une visite du rapporteur spĂ©cial afin d’Ă©valuer son impact sur la vie des travailleurs.

Lors d’une audience devant la Commission interamĂ©ricaine des droits de l’homme (CIDH), le Centre d’Ă©tudes juridiques et sociales (CELS), aux cĂ´tĂ©s d’organisations syndicales, a dĂ©noncĂ© l’incompatibilitĂ© de la rĂ©forme du travail de Javier Milei avec les normes interamĂ©ricaines et a demandĂ© une visite du rapporteur spĂ©cial afin d’Ă©valuer l’impact de cette rĂ©forme sur les droits des travailleurs.

« Les modifications proposées par l’État argentin ne constituent pas une modernisation de la législation du travail, mais s’inscrivent plutôt dans un processus qui affaiblit la liberté syndicale, restreint l’accès à la justice, précarise les conditions de travail et fait fi des normes établies du Système interaméricain des droits de l’homme », a déclaré le CELS dans un communiqué publié à l’issue de la présentation qui s’est tenue ce matin au siège de la CIDH à Washington.

Au cours de l’audience, les membres de la CIDH ont interrogĂ© les reprĂ©sentants de l’État sur la participation des organisations syndicales et des travailleurs au processus de dĂ©bat sur la rĂ©forme proposĂ©e et ont attirĂ© l’attention sur les limites que le droit international impose aux rĂ©formes du travail.

Ă€ cet Ă©gard, le prĂ©sident de la Commission, Edgar RalĂłn Orellana, a soulignĂ© que la question n’Ă©tait pas de savoir si un État pouvait rĂ©former sa lĂ©gislation, mais si ces rĂ©formes Ă©taient objectivement conformes aux normes interamĂ©ricaines.

Dans le mĂŞme ordre d’idĂ©es, le rapporteur Javier Palummo a soulignĂ© la nĂ©cessitĂ© d’Ă©valuer les rĂ©formes lĂ©gislatives non seulement en fonction de leurs effets sur l’investissement ou l’emploi, mais aussi en fonction de leur impact sur les droits de l’homme.

« La rĂ©forme du travail qui vient d’ĂŞtre adoptĂ©e entraĂ®ne la destruction du droit social en Argentine », a dĂ©clarĂ© Rodolfo Aguiar, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ATE Nacional, prĂ©sent Ă  l’audience.

Aux cĂ´tĂ©s du CELS, l’Association nationale des juges du travail (Anjut), l’Association des avocats et avocates spĂ©cialisĂ©s en droit du travail (AAL), l’Association latino-amĂ©ricaine des avocats et avocates spĂ©cialisĂ©s en droit du travail (Alaal), le Front des syndicats unis (FreSU) et le Syndicat de la presse de Buenos Aires (SiPreBA) se sont prĂ©sentĂ©s Ă  Washington.

Quelles sont les dĂ©nonciations formulĂ©es par les organisations lors de l’audience ?

Les organisations ont demandé à la CIDH d’alerter l’État argentin sur « l’incompatibilité de la réforme du travail avec les normes interaméricaines » et de lui exiger « de respecter ses obligations en matière de droits de l’homme ». Parmi d’autres demandes, le groupe d’organisations a insisté pour que soit déclarée incompatible avec la Convention américainel’abrogation du Statut du journaliste professionnel, qui cessera d’être en vigueur à la fin de l’année si le Congrès n’examine pas le projet de nouveau statut présenté par la Sipreba et la Fatpren.

« Un journaliste en situation précaire est un journaliste que l’on peut réduire au silence », a averti Francisco Rabini, au nom du Sipreba, concernant le risque que l’abrogation du statut ouvre la voie à des licenciements arbitraires, qui constitueraient un mécanisme indirect de censure.

Les organisations ont Ă©galement demandé des Ă©tudes techniques sur l’impact diffĂ©rent que la assouplissement du temps de travail et l’allongement de la pĂ©riode d’essai ont sur les femmes et l’Ă©conomie des soins.

À cet égard, Clara Chevalier, secrétaire générale de la CONADU, a expliqué que l’assouplissement des conditions de travail et le cumul d’emplois entraînent une « pauvreté en temps » qui sape l’organisation collective et le militantisme syndical, mais qui a un impact asymétrique selon le genre. « Le manque de temps engendre une crise des soins, désorganise les relations affectives et multiplie les tensions au sein des foyers et des communautés », a-t-elle souligné.

Une autre demande formulĂ©e par les organisations Ă  l’intention de la CIDH est qu’elle fasse respecter le droit Ă  une juridiction spĂ©cialisĂ©e en matière de droit du travail et que le Rapporteur spĂ©cial sur les droits Ă©conomiques, sociaux, culturels et environnementaux (Redesca) effectue une visite en Argentine afin d’Ă©valuer l’impact de la rĂ©forme sur les droits des travailleurs et des travailleuses, en concertation avec les organisations syndicales.

Lors de l’audience, la commissaire Tania Reneaum Panszi a dĂ©noncĂ© le manque d’informations concernant le processus de dĂ©libĂ©ration qui a abouti Ă  l’adoption de la loi et a demandĂ© aux reprĂ©sentants de l’État s’il y avait eu un consensus avec les secteurs concernĂ©s ; elle a Ă©galement Ă©mis des doutes quant au fait que la rĂ©duction du nombre de litiges puisse constituer une raison justifiant une rĂ©forme d’une telle ampleur.

Le sens de la réforme

AdoptĂ©e fin fĂ©vrier 2026 par le Parlement argentin (SĂ©nat : 42 voix pour, 28 contre), cette loi dite de « modernisation du travail » s’inscrit dans l’agenda de dĂ©rĂ©gulation de Milei. Elle vise, selon le gouvernement, Ă  moderniser les relations de travail, rĂ©duire les coĂ»ts du travail et limiter le pouvoir historique des syndicats. C’est une victoire lĂ©gislative majeure pour Milei, qui l’a prĂ©sentĂ©e comme un succès emblĂ©matique de sa deuxième moitiĂ© de mandat.

Le contenu contesté

Le texte comprend plusieurs mesures clivantes : il facilite les licenciements, rĂ©duit le barème d’indemnitĂ©s, autorise l’extension de la journĂ©e de travail Ă  12 heures, limite de facto le droit de grève en Ă©largissant les services dits « essentiels » et autorise le fractionnement des congĂ©s. Plus largement, la loi accorde aux employeurs davantage de flexibilitĂ© en matière d’embauche, de licenciement, d’indemnitĂ©s de dĂ©part et de nĂ©gociation collective.

    En clair, l’argument juridique central est que la rĂ©forme rognerait des droits sociaux considĂ©rĂ©s comme protĂ©gĂ©s au niveau constitutionnel (droit de grève, protection contre le licenciement, durĂ©e du travail), tandis que le gouvernement dĂ©fend une logique de compĂ©titivitĂ© Ă©conomique face Ă  une inflation et des coĂ»ts du travail jugĂ©s excessifs.

    Lácteos Verónica : huit mois sans salaire

    Les salariĂ©s de l’usine Lácteos VerĂłnica, situĂ©e dans la localitĂ© de Lehmann, dans le dĂ©partement de Castellanos (Santa Fe), ont entamĂ© il y a une semaine un sit-in devant l’Ă©tablissement pour exiger la rĂ©ouverture de l’usine et dĂ©noncer les retards dans le paiement des salaires. Lors d’un entretien avec Radio 750, RamĂłn Mendoza, salariĂ© de l’entreprise, a imputĂ© cette situation au gouvernement de Javier Milei et à la rĂ©forme du travail adoptĂ©e en fĂ©vrier dernier.

    Mendoza a expliquĂ© que « l’entreprise ne verse plus les salaires depuis dĂ©cembre 2025 » et qu’elle leur doit la prime de fin d’annĂ©e. De plus, en juillet, les salariĂ©s ont commencĂ© Ă  recevoir leurs lettres de licenciement. « Ils nous ont envoyĂ© une lettre recommandĂ©e dans laquelle ils rĂ©duisaient notre temps de travail de 50 % ainsi que notre salaire. Et le 23 du mois dernier, ils nous ont envoyĂ© la lettre recommandĂ©e nous informant de notre licenciement, avec une clause prĂ©voyant le versement de la moitiĂ© de l’indemnitĂ© de licenciement », a dĂ©clarĂ© le salariĂ©.

    D’après les informations recueillies par divers mĂ©dias, plusieurs ouvriers ont affirmĂ© que depuis la mi-janvier, l’usine ne recevait plus de matières premières et que la production Ă©tait complètement Ă  l’arrĂŞt.