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Il y a 500 ans Hernán Cortés débarquait au Mexique

L’occasion de ressortir de (très) vieilles histoires

Les restes du conquistador ont été gardés en un lieu secret pendant 123 ans

 

Hernán Cortés a posé le pied pour la première fois au Mexique le 23 avril 1519, il y a donc cinq siècles, et ce demi-millénaire sera fêté des deux côtés de l’Atlantique, en Espagne et au Mexique.

Le mystère de la tombe d’Hernán CortĂ©s

Un mystère a toujours entourĂ© la vie et la personne d’Hernán CortĂ©s. Bernal DĂ­az del Castillo, chroniqueur de la conquĂŞte, le dĂ©crivait ainsi : « Il avait belle taille, un corps harmonieusement dĂ©veloppĂ©. Son visage, d’un aspect peu rĂ©joui et d’une couleur presque cendrĂ©e, aurait eu plus d’Ă©lĂ©gance s’il eĂ»t Ă©tĂ© plus allongĂ©. Son regard Ă©tait Ă  la fois doux et grave. »

Cortés et son double

DĂ­az del Castillo est l’auteur de l’Histoire vĂ©ridique de la conquĂŞte de la Nouvelle-Espagne, tĂ©moignage longtemps considĂ©rĂ© comme la source la plus fiable sur l’Ă©pisode. Mais selon Christian Duverger, mĂ©soamĂ©ricaniste, directeur du Centre de recherche sur l’AmĂ©rique prĂ©hispanique (CeRAP) et directeur d’Ă©tudes Ă  l’EHESS, cette chronique aurait en rĂ©alitĂ© Ă©tĂ© rĂ©digĂ©e par CortĂ©s lui-mĂŞme, le cĂ©lèbre fantassin n’ayant servi que de prĂŞte-nom. Duverger dĂ©veloppe cette thèse dans CortĂ©s et son double, enquĂŞte sur une mystification (Seuil, 2013).

Une tombe introuvable pendant un siècle

Si les circonstances, la date et le lieu de la mort de CortĂ©s sont connus (Castilleja de la Cuesta, dans la province de SĂ©ville), sa tombe, elle, s’est volatilisĂ©e pendant des dĂ©cennies. Entre le XIXe et le XXe siècle, sa disparition a nourri l’un des grands mystères historiques de l’AmĂ©rique : certains l’imaginaient rapatriĂ©e en Europe, d’autres Ă©voquaient un vol ou une perte accidentelle, d’autres encore la cherchaient en vain au Mexique.

L’explication tient en rĂ©alitĂ© Ă  un geste de prudence politique. En 1823, alors que la guerre d’indĂ©pendance venait de s’achever et que la fureur anti-espagnole balayait le pays, le ministre mexicain Lucas Alamán conçut un plan pour soustraire l’urne du conquistador Ă  d’Ă©ventuels profanateurs. Il fit croire que la dĂ©pouille avait Ă©tĂ© renvoyĂ©e en Italie, alors qu’il l’avait en rĂ©alitĂ© dissimulĂ©e dans un souterrain, avant de la faire murer dans l’Ă©glise de la PurĂ­sima ConcepciĂłn y JesĂşs Nazareno, Ă  Mexico. Alamán transmit malgrĂ© tout Ă  l’Espagne un certificat d’inhumation, document restĂ© secret pendant 123 ans.

La découverte de 1946

Le Mexique, ayant vouĂ© CortĂ©s aux gĂ©monies, finit par oublier l’affaire  jusqu’en 1946. Cette annĂ©e-lĂ , Indalecio Prieto, ancien ministre rĂ©publicain espagnol exilĂ© au Mexique, publia un article rĂ©vĂ©lant l’histoire secrète et appelant Ă  la rĂ©conciliation : « Le Mexique est le seul pays d’AmĂ©rique oĂą la rancĹ“ur causĂ©e par la conquĂŞte et la domination n’est pas morte », Ă©crivait-il.

Au mĂŞme moment, des chercheurs du Colegio de MĂ©xico mirent la main sur le certificat d’inhumation d’Alamán. Des fouilles furent lancĂ©es et l’urne rapidement exhumĂ©e, puis confiĂ©e Ă  l’Institut national d’anthropologie et d’histoire pour authentification. L’examen rĂ©vĂ©la des traces d’abcès sur les incisives, canines et prĂ©molaires, signe d’une dentition dĂ©faillante, ainsi que des fĂ©murs, tibias, pĂ©ronĂ©s et une rotule droite en bon Ă©tat de conservation. L’urne elle-mĂŞme, en cristal et bois dorĂ© aux armes de CortĂ©s, Ă©tait enfermĂ©e dans une caisse de bois, elle-mĂŞme logĂ©e dans deux caisses de plomb, le tout enveloppĂ© de velours.

L’authentification de 1947

Une commission ad hoc, rĂ©unissant hauts fonctionnaires, scientifiques et juristes, rendit son verdict le 9 juillet 1947 : au vu des preuves documentaires, anthropologiques et techniques, les restes examinĂ©s Ă©taient bien ceux inhumĂ©s dans le temple de JĂ©sus-Nazareno, annexĂ© Ă  l’HĂ´pital de JĂ©sus. HĂ´pital que CortĂ©s avait lui-mĂŞme fondĂ© vers 1524, Ă  l’endroit appelĂ© Huitzilac (« lieu des colibris » en nahuatl), non loin de la source qui alimentait Mexico en eau. C’est lĂ , selon la tradition, qu’aurait eu lieu la première rencontre entre CortĂ©s et Moctezuma.

Comme l’Ă©crivait Pierre de Boisdeffre dans la Revue des Deux Mondes en 2016 : « Le Mexique moderne ne veut plus se souvenir d’un colonialisme abhorrĂ©. »

« Nay que responder »

Loin d’avoir fait fortune, CortĂ©s finit ses jours dans une semi-disgrâce, installĂ© Ă  Valladolid oĂą il avait fondĂ© une « AcadĂ©mie », cercle de lettrĂ©s dĂ©battant de l’actualitĂ© et de l’Histoire. Sa dernière lettre Ă  Charles Quint, amère, rĂ©sume sa dĂ©chĂ©ance : il s’y dit vieux, pauvre, endettĂ© de plus de 20 000 ducats, et supplie l’empereur de le rĂ©munĂ©rer pour quarante ans de service. Au dos de la lettre, une note manuscrite laconique : « Nay que responder » (rien Ă  rĂ©pondre).

Une plaque Ă  l’abandon

En 1947, les restes de CortĂ©s furent dĂ©placĂ©s vers le fond de l’Ă©glise, Ă  gauche de l’autel, oĂą ils se trouveraient toujours. Une simple plaque de bronze, fixĂ©e Ă  trois mètres du sol, porte l’inscription : Hernán CortĂ©s, 1485-1547. CoincĂ©e entre chaises empilĂ©es, sacs de ciment et outils, elle n’attire aujourd’hui aucun visiteur.

Un certain mystère a d’ailleurs toujours entouré la vie et la personne d’Hernán Cortés « Il avait belle taille avec un corps membru harmonieusement développé. Son visage, d’un aspect peu réjoui et d’une couleur presque cendrée, aurait eu plus d’élégance s’il eut été plus allongé. Son regard était à la fois doux et grave. Sa barbe foncée et rare couvrait peu sa figure. Il avait la poitrine large et les épaules bien taillées. Son corps était mince et son ventre effacé », a écrit du conquistador espagnol Bernal Díaz del Castillo.