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L’ancien chef de l’État est accusé de terrorisme et de rébellion contre l’État en raison de sa participation présumée aux barrages routiers et aux manifestations des mois de mai et juin derniers.

Le parquet général de l’État de Bolivie a émis un deuxième mandat d’arrêt à l’encontre de l’ancien président Evo Morales (2006-2019) pour avoir prétendument incité aux manifestations sociales de mai et juin qui réclamaient la démission du président Rodrigo Paz. Morales est cette fois-ci accusé de six chefs d’accusation, parmi lesquels le terrorisme ou le soulèvement armé contre l’État, des crimes qui auraient été commis lors des manifestations qui ont duré 53 jours et fait 22 morts. La police doit déjà, depuis octobre 2024, exécuter un autre mandat d’arrêt à l’encontre de l’ancien chef de l’État, celui-ci ne s’étant pas présenté au procès intenté contre lui pour abus présumé sur mineure.

Le mandat d’arrêt
Le parquet général de Bolivie, par la voix du procureur général Roger Mariaca, a annoncé mercredi 29 juillet avoir lancé un mandat d’arrêt contre l’ex-président de gauche Evo Morales, pour son rôle dans les manifestations antigouvernementales qui ont paralysé le pays pendant 50 jours en mai et juin.

Les chefs d’accusation
Selon l’écrit du procureur, les faits attribués à l’ancien président s’inscrivent dans des délits présumés de « soulèvements armés contre la sécurité et la souveraineté de l’État, terrorisme, attentat contre la sécurité des moyens de transport, association de malfaiteurs, incitation publique à commettre des délits et attentat contre la sécurité des services publics ». Cette enquête découle de plaintes pour « soulèvement armé » et « terrorisme », déposées par un groupe de dirigeants civils et le ministère de l’Intérieur.

Le contexte : les blocages de mai-juin
Pendant sept semaines, des organisations indigènes, des syndicats et des producteurs de coca avaient manifesté et bloqué des routes pour exiger la démission du président Rodrigo Paz, alors que le pays traverse sa pire crise économique depuis quatre décennies. M. Paz avait fini par déclarer l’état d’exception, permettant le déploiement de la police et de l’armée pour démanteler les barrages qui avaient provoqué de graves pénuries de carburant, de nourriture et de médicaments dans les métropoles de La Paz et El Alto et dans plusieurs autres villes. Ces blocages ont fait 22 morts et 88 blessés.

D’autres personnes visées
L’accusation du Comité Civique Pro Santa Cruz ne se limite pas à Morales et inclut également le secrétaire exécutif de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), Mario Argollo, ainsi que le dirigeant de la Fédération des Paysans Túpac Katari, Vicente Salazar, qui reste en détention préventive.

Contexte politique
L’arrivée au pouvoir du président de centre droit Rodrigo Paz en novembre 2025 a mis fin à un cycle de près de 20 ans de gouvernements socialistes en Bolivie, avec Evo Morales puis Luis Arce (2020-2025). M. Paz cherche à donner un tournant libéral à la politique économique bolivienne et s’est également rapproché des États-Unis, avec lesquels Evo Morales avait rompu en 2008.

À noter : ce nouveau mandat d’arrêt s’ajoute à d’autres procédures judiciaires déjà en cours contre Morales, notamment une affaire distincte pour détournement de mineure datant de son mandat présidentiel en 2015, dans laquelle la justice avait connu des rebondissements récents (annulation puis rétablissement du mandat d’arrêt).

Evo Morales, 66 ans, s’est retranché dans son fief du Chapare, une région rurale et pauvre du centre de la Bolivie, depuis qu’un mandat d’arrêt a été lancé contre lui en 2024 dans une affaire de traite présumée de mineures. Plus précisément, l’ex-président Morales vit dans son fief de Lauca Eñe, bourgade de 900 habitants sur la commune de Shinahota, siège du syndicat des cocaleros qu’il dirige. Il y est retranché et défie le gouvernement de Rodrigo Paz, refusant toute issue impliquant sa reddition : « Je ne vais pas me rendre », assure-t-il dans un entretien à l’AFP. Sur place, il fait l’objet d’un mandat d’arrêt, si bien qu’autour de son refuge des dizaines de partisans, certains armés, montent la garde. Il n’est donc ni en exil à l’étranger ni en détention : il reste physiquement en Bolivie, protégé par sa base militante. Auparavant, il s’était exilé au Mexique, puis en Argentine.

 Concernant la crédibilité des motifs :

Éléments qui plaident en faveur d’un fondement matériel réel :  Les blocages ont bien eu lieu pendant sept semaines et ont provoqué de graves pénuries de carburant, de nourriture et de médicaments, avec un bilan de 22 morts et 88 blessés selon un décompte, donc la matérialité des troubles n’est pas contestée.

Éléments qui invitent à la prudence : Cette accusation s’ajoute à une série d’autres procédures contre Morales dont le sort judiciaire a été chaotique : le mandat d’arrêt pour « détournement de mineure » a été annulé par une juge, puis rétabli deux jours plus tard sur intervention du ministre de la Justice, un enchaînement qui a nourri les soupçons d’instrumentalisation politique.  Morales lui-même dénonce une manœuvre politique : « Ils ne vont pas nous intimider », a-t-il réagi sur X, dénonçant une « persécution ». « Ils cherchent à nous rendre responsables des mobilisations sociales pour cacher le véritable drame que vit la Bolivie : une profonde crise économique et sociale », a-t-il estimé. Sur le terrain, ses soutiens rejettent aussi les accusations connexes de narcotrafic avancées par le gouvernement. 

Le contexte politique est tendu : le nouveau gouvernement de centre-droit met fin à près de 20 ans de gouvernements socialistes et cherche à donner un tournant libéral à la politique économique, en se rapprochant des États-Unis, ce qui alimente, côté partisans de Morales, la lecture d’une justice utilisée comme arme politique contre l’opposition de gauche.

En résumé : les faits matériels (blocages, morts, paralysie du pays) semblent établis, mais la qualification retenue, terrorisme et rébellion armée, et le moment choisi restent contestés politiquement, dans un climat où plusieurs procédures judiciaires contre Evo Morales se sont déjà révélées très débatues entre justice et exécutif.