Sélectionner une page

Marta Valmont dirige d’une main de fer dans un gant de velours la prestigieuse maison de haute couture fondée par son père. Mais derrière les dorures de la Place des Vosges, tout menace de s’effondrer : dettes colossales, manœuvres d’héritiers secrets, trahisons, et un passé trouble qui refait surface. Les cadavres sortent des placards. Des salons feutrés parisiens de la Maison Valmont, à Honfleur ou aux galeries du Sablon à Bruxelles, en passant par le Kent et les mystères de l’Afrique, les masques tombent, les alliances se révèlent, et les cœurs se rapprochent.

414 pages, ePub, 10 € (sans DRM) directement sur ce site.

Sur Amazon, édition brochée.

CHAPITRE UN

La lumière des projecteurs baigne la scène d’une clarté douce et chaleureuse. Un à un, les mannequins avancent avec grâce sur le podium. Leur élégance, leur gestuelle sont fascinantes. Les silhouettes semblent glisser, vêtues des créations flamboyantes de la Maison Valmont. Elles se succèdent dans une chorégraphie parfaite. Chaque tenue raconte une histoire : des broderies façonnées à la main, des tissus nobles bruissant au rythme des mouvements, des coupes si magistralement conçues qu’elles fusionnent avec le corps de celles et ceux qui les portent. Chaque parure est un hommage vibrant au savoir-faire ancestral de la haute couture parisienne. Les modèles avancent avec une assurance maîtrisée, incarnant, tour à tour, la puissance, la grâce et le mystère. Ils sont les reflets vivants du génie de Fred, mêlé à l’héritage que Marta s’attache à préserver. L’audace se mélange au raffinement, dans un équilibre subtil entre classicisme intemporel et touches d’une modernité innovante et visionnaire. Comme toujours avec Valmont, la magie opère, l’inédit devient immédiatement académique.

Derrière un lourd rideau, Marta retient son souffle, son cœur bat à tout rompre. Elle a passé des mois à organiser cette soirée, à superviser chaque détail, des invitations aux moindres ourlets, de l’agencement de la salle et de la répartition des places aux premiers rangs. L’émotion la submerge en voyant tout ce travail prendre vie sous ses yeux. Les regards charmés, les murmures admiratifs se propageant en vagues ondoyantes à travers le public, tout contribue à l’intensité de ce merveilleux moment. À chaque apparition sur le podium, les créations de la Maison Valmont ravissent davantage l’audience. L’enthousiasme monte en puissance, débordant dans l’immense et lumineux Palais de Tokyo, avenue du Président-Wilson. Ce lieu, salué par les journalistes comme l’écrin sublime de la haute couture parisienne, brille de mille feux en cette fashion week de septembre. Marta contemple l’aboutissement de son œuvre.

Les applaudissements fusent, parfois presque suspendus lorsque le public retient son souffle devant un ensemble particulièrement novateur, pour reprendre de plus belle ensuite, emplissant le palais d’une chaleur presque palpable. Marta sent ses yeux se brouiller de larmes, mais elle se tient droite et se contrôle, malgré les battements de son cœur. Elle sait que cette soirée est une réussite non seulement pour la Maison Valmont, mais aussi pour elle et pour sa vision, pour les valeurs qu’elle a insufflées dans chaque création. Elle sait que c’est aussi une consécration pour Fred Campbell, dont le talent exceptionnel est une fois de plus mis en évidence, vénéré depuis des décennies par ses fidèles admirateurs. Une magie tant de fois soulignée par un public enthousiaste.

Les caméras suivent le moindre mouvement, les flashes crépitent sans relâche, immortalisant les sourires des mannequins, la finesse des détails et l’éclat des étoffes. Marta imagine les pages des magazines sur papier glacé, les articles qui raconteront cette nuit enchantée, les interviews qui célébreront l’audace de Valmont. Les journaux télévisés montreront ces images étincelantes, confirmant encore un peu plus l’aura intemporelle de la maison. Dans ce tourbillon d’émotions, Marta se sent plus vivante que jamais, consciente d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire des Valmont.

À seulement vingt-sept ans, Marta Valmont s’est déjà taillé une place au sommet. Son succès n’est pas uniquement le fruit de ses seuls efforts. Depuis toujours, son demi-frère Thomas, de quinze ans son aîné, a été son pilier, son guide. Enfin… il l’a été. Malgré leurs caractères très différents, il l’a soutenue à chaque étape, surtout lorsqu’il a fallu reprendre les rênes de la Maison Valmont après la mort de leur père. Ensemble, ils ont réussi à maintenir l’entreprise au niveau des plus prestigieuses. Mais ce chemin n’a jamais été sans embûches, et, aujourd’hui, Thomas s’éloigne, attiré par des contrées de plus en plus sombres et périlleuses.

Et maintenant, Marta tente de dissimuler au plus profond de son âme un lourd secret, une terrible menace. Mais elle sait que c’est peine perdue, un jour ou l’autre le scandale éclatera. C’est une question de temps. Car derrière la vaine ostentation, la société qu’elle chérit plus que tout au monde vacille dangereusement. Thomas, autrefois leur force tranquille, est aujourd’hui accablé par les dettes et le poids des décisions difficiles à prendre en silence et en solitaire.

Sous le vernis de la réussite, elle sait que leur édifice bâti avec amour et détermination est fragile. Il est même prêt à s’effondrer comme un château de cartes au moindre vent contraire.

Dans les yeux des invités, ce défilé, destiné à révéler les collections printemps-été de l’année suivante, est un succès éclatant. Un de plus. Mais pour Marta, il dépasse de loin le simple cadre d’un événement dont la médiatisation internationale fait de Paris la capitale mondiale de la mode. Chaque robe présentée, chaque étoffe soigneusement choisie est une victoire silencieuse, un rouage d’une stratégie désespérée pour préserver la Maison Valmont.

Un murmure d’approbation parcourt la salle lorsque le dernier mannequin fait son entrée. Une jeune femme à la souplesse féline avance avec une élégance majestueuse, sa démarche soulignée par une robe de soirée, longue et écarlate, dont les mouvements très étudiés captent et renvoient la lumière sous tous les angles grâce à un organza de soie au maillage serré de très haute qualité. La création est avant-gardiste, tout en s’inspirant d’un classicisme des plus épuré dans sa coupe, mais éblouissante dans ses détails. Les cristaux incrustés, des Swarovski taillés en forme de gouttes d’eau et de fines étoiles, sont disposés avec une précision presque architecturale sur le corsage et le bas de la robe.

Sous les projecteurs, ils scintillent avec une intensité hypnotique, renvoyant de minuscules reflets arc-en-ciel sur les murs et les visages des spectateurs. Ces cristaux, choisis pour leur éclat unique et leur clarté exceptionnelle, évoquent des flammes dansantes. Ils semblent virevolter autour de la jeune femme, mais comme à distance, transformant chaque pas en une cascade de lumière grâce aux strass savamment travaillés. Le bas, un peu évasé, est ponctué de petits éclairs étincelants donnant l’illusion qu’il est constellé de braises incandescentes en tournoyant au-dessus des pieds nus du mannequin. Dans la salle, les chroniqueurs de mode n’ont pas besoin de se consulter. Ils ont à l’avance et facilement trouvé leurs titres : « L’éblouissante Esméralda de la Maison Valmont » ou « Hier soir, Esméralda brillait au Palais de Tokyo… »

Marta, debout dans les coulisses, observe la réaction du public avec attention. Les regards admiratifs sont aisément repérables, tout comme les exclamations sincères, les murmures élogieux. Mais elle sait aussi reconnaître les expressions plus intéressées : les yeux mi-clos d’un investisseur calculateur, le froncement subtil des sourcils d’une rédactrice en chef qui réfléchit déjà à sa prochaine critique. Dans cet univers de luxe et de paillettes, les louanges et les diatribes sont autant d’armes sophistiquées à double tranchant, tant on aime blâmer ce que l’on a adoré la veille.

Elle se permet un sourire fugace. Fred a une nouvelle fois frappé fort et juste…

🔒 Paiement sécurisé (SSL / Stripe)