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L’Amérique latine se mobilise pour la défense de ses forêts : la feuille de route de la société civile

Alors que les forêts tropicales de la planète connaissent leur recul le plus rapide de l’histoire, 47 organisations de la société civile latino-américaines ont signé et présenté une feuille de route exigeant la préservation de ces écosystèmes, condition jugée indispensable à la stabilité climatique mondiale.

« Nous prenons soin de notre territoire car la forêt est l’ombre de chacun d’entre nous », disait Chepito Mopayu, autochtone nukak. Pour les peuples qui entretiennent un lien direct avec les forêts, ces écosystèmes n’ont jamais été de simples ressources, mais des systèmes vivants qu’ils respectent et protègent de toutes leurs forces, en raison de l’interdépendance profonde qu’ils entretiennent avec elles depuis toujours.

En Amérique latine, cette interdépendance n’est pas le fruit du hasard : la région abrite 23 % des forêts du monde sur 47 % de sa superficie terrestre.

Nous assistons pourtant aux déforestations les plus rapides et les plus catastrophiques de l’histoire, dans un contexte d’aggravation significative de l’insécurité territoriale et des violations des droits humains, de pression productive croissante, de chaînes de valeur forestières et agricoles non durables, d’économies illégales, d’assassinats de défenseurs de l’environnement et d’oubli des peuples qui préservent ces écosystèmes — y compris les peuples autochtones en situation d’isolement et de premier contact (PIACI). Des données de l’université du Maryland et de Global Forest Watch, publiées l’an dernier, confirment cette tendance : la perte de forêts tropicales primaires a augmenté de 80 % dans le monde entre 2023 et 2024, l’Amérique latine étant particulièrement touchée alors même qu’elle abrite près de la moitié des forêts tropicales de la planète.

Face à ce constat et compte tenu de l’importance de ses forêts pour la stabilité de la planète, 47 organisations de la société civile d’Amérique latine ont signé et présenté une feuille de route exigeant la préservation des forêts. Elles y définissent trois axes de mise en œuvre, assortis d’objectifs précis.

1. Droits des peuples autochtones et communautés forestières

Concernant les peuples autochtones, les PIACI, les peuples d’ascendance africaine, les peuples tribaux, les communautés paysannes et rurales, ainsi que les communautés traditionnelles et locales ayant un lien direct avec les forêts, les organisations signataires fixent les objectifs suivants :

  • D’ici 2030, les États doivent protéger juridiquement les droits territoriaux des peuples autochtones par l’octroi de titres de propriété, la délimitation et la démarcation d’au moins 80 % des territoires autochtones et des territoires PIACI, ainsi que, respectivement, des territoires et des terres des personnes d’ascendance africaine et des communautés traditionnelles et tribales.
  • Garantir la pleine reconnaissance et la protection territoriale des PIACI, ainsi que l’interdiction absolue de toute forme d’ingérence extérieure (zones d’intangibilité). La région, et plus particulièrement le biome amazonien, abrite le plus grand nombre de PIACI au monde ; pourtant, de graves failles juridiques et des lacunes en matière de mesures de sauvegarde persistent et doivent être comblées.

2. Des chaînes d’approvisionnement exemptes de déforestation

Concernant les chaînes d’approvisionnement en matières premières exemptes de déforestation et de conversion des sols, l’objectif est le suivant :

  • D’ici 2030, veiller à ce que 100 % des secteurs agroforestiers — notamment le bois, le soja, la viande, le sucre, le café et l’huile de palme, ainsi que l’exploitation minière à grande échelle et les hydrocarbures — intègrent le principe de « zéro déforestation » tout au long de la chaîne de valeur, en s’appuyant sur des cadres réglementaires contraignants.

3. Financement des forêts et réorientation des flux financiers

Concernant le financement des forêts et l’alignement des flux financiers, les objectifs sont les suivants :

  • Mobiliser environ 216 milliards de dollars supplémentaires par an, d’ici 2030, pour la conservation et la restauration des forêts, la bioéconomie, les chaînes de production durables et le renforcement des conditions propices, grâce à une combinaison de financements publics, privés, concessionnels et innovants.
  • Réorienter, d’ici 2030, les flux financiers publics et privés préjudiciables vers des activités respectueuses des forêts.
  • D’ici 2030, 100 % des institutions bancaires multilatérales et des fonds pour le climat devront mettre en place des accords d’accès direct pour les peuples autochtones et les communautés locales.

Une contribution à la feuille de route mondiale de la COP30

Les organisations signataires, qui se présentent comme « défenseurs de la vie », appellent les pays et les décideurs à renforcer leurs propres engagements, leur gouvernance et leurs alliances en s’appuyant sur ces axes et ces objectifs. Si elles accordent une attention particulière à l’Amazonie, ces recommandations doivent, selon elles, atteindre le niveau et la rapidité qu’exige l’urgence climatique, et protéger l’ensemble des écosystèmes forestiers de la région et du monde.

Cette initiative s’inscrit dans un calendrier précis : la présidence brésilienne de la COP30 a lancé, en mai 2026, un processus de consultation mondial pour élaborer sa propre feuille de route visant à enrayer et inverser la déforestation et la dégradation forestière d’ici 2030. Ce processus, ouvert lors du Forum des Nations unies sur les forêts à New York, doit aboutir à une proposition consolidée présentée lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre. Les 47 organisations espèrent que leur propre feuille de route, construite depuis l’Amérique latine, servira de base essentielle à ce texte mondial.

Pendant longtemps, selon elles, les causes de la déforestation n’ont pas été abordées de manière globale ni avec des résultats vérifiables et il est temps que cela change. Ces objectifs, précisent-elles, ne visent pas à ouvrir un programme parallèle, mais à contribuer à ce que les engagements existants se traduisent enfin par des actions concrètes, appropriées par les pays et soutenues par la coopération, le financement et le suivi.

Pour ces organisations, l’Amérique latine a l’occasion de faire preuve de leadership sur ce dossier.

Colombia One, Seven Colombian NGOs Sign Roadmap to Protect Latin America’s Forests, 14 juillet 2026, présentation de la feuille de route des 47 organisations et liste de certaines organisations colombiennes signataires : https://colombiaone.com/2026/07/14/seven-colombian-ngos-sign-roadmap-to-protect-latin-americas-forests/