Fils aîné de l’ancien président Jair Bolsonaro, Flávio Bolsonaro incarne depuis plus de vingt ans la continuité politique du clan familial. Sénateur depuis 2019, il est aujourd’hui précandidat à la présidence du Brésil pour l’élection de 2026, une candidature qui le place au cœur de l’actualité politique brésilienne et au centre de plusieurs tensions, judiciaires comme familiales.
Un fils de militaire, une carrière lancée très jeune
Né le 30 avril 1981 à Resende, dans l’État de Rio de Janeiro, Flávio Nantes Bolsonaro est l’aîné des trois fils issus du premier mariage de Jair Bolsonaro avec Rogéria Nantes Nunes Braga. Il grandit dans un foyer marqué par la discipline militaire et les valeurs conservatrices de son père, alors capitaine de l’armée de terre reconverti en homme politique. Diplômé en droit de l’Universidade Cândido Mendes, il entre en politique très tôt : élu député d’État de Rio de Janeiro en 2002, à seulement 21 ans, il devient le plus jeune parlementaire de sa législature. Il conservera ce mandat pendant quatre législatures consécutives, de 2003 à 2019.
Durant ces années à l’Assemblée législative de l’État de Rio, il se positionne sur des thèmes qui resteront sa marque de fabrique : le soutien aux forces de police, le durcissement des peines contre la criminalité violente et la réduction des contraintes bureaucratiques. En 2018, porté par la vague électorale qui propulse son père à la présidence, il se présente au Sénat et l’emporte avec environ 4,3 millions de voix; l’un des meilleurs scores jamais enregistrés par un sénateur brésilien. Il siège depuis le 1er février 2019, où il participe notamment aux commissions de sécurité publique, des affaires constitutionnelles et du développement économique.
L’ombre du scandale Queiroz
La carrière de Flávio Bolsonaro est indissociable de l’affaire dite des « rachadinhas », du nom de ce système où des assistants parlementaires auraient reversé une partie de leur salaire à leur employeur. Le scandale éclate en décembre 2018, quelques jours avant l’investiture de son père à la présidence, lorsque le Coaf (Conseil de contrôle des activités financières) remet au parquet fédéral un rapport de 422 pages dénonçant un vaste système de détournement de fonds publics par emplois fictifs, impliquant vingt-deux députés de plusieurs partis.
Au centre de l’affaire : Fabrício José Carlos de Queiroz, policier retraité et ancien assistant parlementaire de Flávio Bolsonaro à l’Assemblée de Rio. Les soupçons portent sur des mouvements financiers suspects, dont un dépôt en liquide de plus de 150 000 réais en une seule journée, transitant entre Queiroz, Flávio Bolsonaro et, plus troublant encore, la future Première dame Michelle Bolsonaro. En janvier 2019, une enquête pour corruption est ouverte contre le sénateur. Sa défense obtient dans un premier temps la suspension des investigations en invoquant son droit à une juridiction spéciale de parlementaire, avant qu’un autre juge du Tribunal suprême fédéral n’autorise leur reprise par le tribunal régional de Rio. Le dossier, marqué par de multiples rebondissements procéduraux, débouche en novembre 2020 sur une demande d’inculpation pour blanchiment et détournement de fonds publics, réclamée par le parquet de Rio, qui évalue le préjudice à près d’un million d’euros. Cette demande sera finalement rejetée par la Cour supérieure de justice pour vice de procédure. Le sénateur a par ailleurs été visé par des soupçons de proximité avec des milices actives à Rio de Janeiro.
Selon une enquête de la revue IstoÉ citée par la version française de sa fiche biographique, jusqu’à 75 % des cent six collaborateurs employés par Flávio Bolsonaro entre 2007 et 2018 auraient été impliqués dans ce système de rétrocession de salaires, pour un montant cumulé dépassant 6 millions de réais.
Un épisode de violence en marge de la politique
En avril 2016, Flávio Bolsonaro se retrouve mêlé à un fait divers resté dans les mémoires : avec son garde du corps, il tombe par hasard sur deux individus en train de tenter de voler un véhicule à Rio de Janeiro. Un échange de tirs éclate, blessant l’un des suspects tandis que le second parvient à prendre la fuite. Cet épisode contribuera à façonner son image de défenseur intransigeant de la sécurité publique, un thème central de son action parlementaire.
De sénateur loyal à candidat du clan
Longtemps resté dans l’ombre de son père, dont il a défendu bec et ongles la présidence puis la légitimité après la défaite de 2022, Flávio Bolsonaro change de statut fin 2025. Jair Bolsonaro, condamné et rendu inéligible pour tentative de coup d’État, le désigne depuis sa cellule pour porter les couleurs du clan à la présidentielle de 2026. La candidature est d’abord accueillie fraîchement par une partie du camp conservateur, qui aurait pu lui préférer d’autres figures, dont Michelle Bolsonaro elle-même, un temps pressentie.
Le sénateur choisit alors une stratégie de rupture de ton avec son père : il se présente comme un « Bolsonaro modéré », multiplie les messages sur des sujets jusque-là peu associés au bolsonarisme comme la santé des femmes, la faim au Brésil et il va jusqu’à employer, dans certaines publications, une écriture inclusive non genrée, à rebours des diatribes de son père contre l’« idéologie du genre ». Son épouse, Fernanda Bolsonaro, mariée à lui depuis 2010, a elle-même revendiqué publiquement avoir contribué à « rééduquer » son mari vers cette image plus consensuelle.
Cette stratégie semble porter ses fruits dans les sondages : en mars 2026, l’institut Datafolha le créditait de 43 % des intentions de vote au second tour, contre 46 % pour le président sortant Lula, un écart resserré qui en fait, selon plusieurs analystes cités par la presse française, l’un des adversaires les plus sérieux de la gauche brésilienne depuis le retour au pouvoir de Lula en 2023. Le politologue Mayra Goulart, de l’Université fédérale de Rio de Janeiro, souligne notamment sa capacité à traiter avec les élites politiques et les coulisses des partis, tandis que le député Evair de Melo met en avant son habileté à reconnaître publiquement les erreurs de son père.
La rupture avec Michelle Bolsonaro, fragilité inattendue
L’ascension de Flávio Bolsonaro dans la course présidentielle s’accompagne toutefois d’une crise familiale inédite. Le 24 juin 2026, Michelle Bolsonaro, ex-Première dame et présidente de la branche féminine du PL, publie une vidéo dans laquelle elle affirme avoir été humiliée et maltraitée par son beau-fils lors d’un appel téléphonique, évoquant un différend plus ancien lié aux tractations politiques dans l’État du Ceará. Flávio Bolsonaro présente depuis des excuses publiques, assurant n’avoir jamais eu l’intention de l’offenser, mais l’épisode a rejailli jusqu’au Sénat, où la sénatrice Damares Alves, proche de Michelle, a dénoncé une vague d’attaques misogynes visant les deux femmes, provoquant même une réaction de solidarité de la Première dame actuelle, Janja Lula da Silva.
Cette fracture, intervenant à quelques mois du premier tour, illustre la fragilité des équilibres internes du clan Bolsonaro : la popularité personnelle de Michelle, plusieurs fois évoquée comme un atout électoral concurrent, aurait pesé, selon plusieurs analyses de la presse brésilienne, dans le choix de Jair Bolsonaro de désigner Flávio plutôt qu’elle comme candidat de la famille.






