Janja apporte son soutien à Michelle Bolsonaro et Damares Alves : misogynie, guerre de succession et fracture au sein du bolsonarisme
La Première dame du Brésil, Janja Lula da Silva, a exprimé sa solidarité envers deux figures de l’opposition conservatrice, l’ex-Première dame Michelle Bolsonaro (PL-DF) et la sénatrice Damares Alves (Republicanos-DF), toutes deux prises pour cibles ces dernières semaines par une partie de la base bolsonariste. Ses propos, tenus lundi 13 juillet 2026 lors de l’émission Frente a Frente (UOL, en partenariat avec la Folha de S. Paulo), interviennent en pleine crise interne au sein de la famille Bolsonaro, sur fond de bataille de succession pour la présidentielle de 2026.
« La violence contre les femmes n’a pas de camp »
Interrogée sur les attaques visant les deux femmes, Janja a affirmé qu’aucune solidarité féminine ne devait s’arrêter aux frontières idéologiques. Elle a insisté sur le fait qu’une femme agressée mérite d’être soutenue quel que soit son camp politique. Selon elle, la mobilisation contre la misogynie devrait transcender les clivages partisans, une conviction qu’elle avait déjà défendue lors du Pacte national contre le féminicide.
La Première dame a également martelé que cette violence touchait toutes les femmes indistinctement, qu’elles soient de droite, de gauche, conservatrices ou progressistes. Elle y a vu un argument supplémentaire en faveur de l’adoption accélérée du projet de loi contre la misogynie actuellement en discussion au Congrès. Dans la même interview, Janja a par ailleurs affirmé être elle-même la cible de propos misogynes et a critiqué le « Janjômetro », un site recensant les dépenses publiques liées à ses déplacements officiels.
L’origine de la crise : la vidéo choc de Michelle Bolsonaro
Cette séquence de solidarité politique s’inscrit dans le prolongement d’une crise qui secoue le clan Bolsonaro depuis la fin du mois de juin. Le 24 juin 2026, Michelle Bolsonaro a publié sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle elle accuse son beau-fils, le sénateur Flávio Bolsonaro (PL-RJ), désormais précandidat à la présidence de la République, de l’avoir humiliée et maltraitée lors d’un appel téléphonique. Elle y évoque un différend remontant à l’année précédente, lié aux tractations politiques autour des élections dans l’État du Ceará, et parle d’un véritable coup de poignard reçu de la part de son beau-fils.
D’après plusieurs médias brésiliens, les critiques à l’encontre de Michelle Bolsonaro avaient été formulées en marge du lancement de la précandidature du sénateur Eduardo Girão au gouvernorat du Ceará. Le lendemain, les trois fils de Jair Bolsonaro, Flávio, Eduardo et Carlos, se seraient exprimés de façon coordonnée contre elle, employant des formulations très similaires, ce qui a renforcé son sentiment d’une attaque concertée. Flávio Bolsonaro a depuis présenté des excuses publiques à sa belle-mère, assurant n’avoir jamais eu l’intention de l’offenser.
C’est dans ce contexte que la sénatrice Damares Alves a pris la défense de Michelle Bolsonaro, ce qui lui a valu à son tour d’être la cible d’attaques de la part de bolsonaristes. Lors d’une séance de la commission des Droits de l’homme du Sénat, Damares Alves a dénoncé une vague d’insultes visant les femmes conservatrices, et affirmé que même la fille de l’ex-Première dame avait fait l’objet d’attaques et d’insinuations en ligne.
Michelle Bolsonaro, de la Ceilândia au sommet de l’État
Née le 22 mars 1982 à Ceilândia, une ville pauvre de la périphérie de Brasília, Michelle de Paula Firmo Reinaldo Bolsonaro est la fille d’un chauffeur de bus retraité et d’une femme au foyer. Sa jeunesse est marquée par plusieurs drames familiaux, dont l’assassinat de son grand-père et l’incarcération de sa grand-mère pour trafic de stupéfiants. Après le lycée, elle travaille comme démonstratrice de produits en supermarché et envisage un temps une carrière de mannequin, avant d’y renoncer sur les conseils d’une amie de son église évangélique.
Sa carrière politique débute en 2004, lorsqu’elle intègre la Chambre des députés comme secrétaire, d’abord dans le cabinet du député Vanderlei Assis (PP-SP), puis dans celui de Marco Aurélio Ubiali (PSB-SP). C’est en 2007, alors qu’elle travaille dans un cabinet voisin, qu’elle rencontre Jair Bolsonaro, de vingt-sept ans son aîné. Leur relation débute rapidement après cette rencontre, et Bolsonaro l’engage dans son propre cabinet parlementaire. Le couple se marie religieusement en mars 2013, lors d’une cérémonie évangélique célébrée par le pasteur Silas Malafaia ; leur fille, Laura, surnommée Laurinha, était née deux ans plus tôt, après que Jair Bolsonaro eut fait annuler une vasectomie pour pouvoir avoir un enfant avec elle.
Devenue Première dame en janvier 2019, Michelle Bolsonaro se distingue en prononçant, lors de la cérémonie d’investiture, un discours en langue des signes brésilienne (Libras), une première dans l’histoire du pays. Longtemps discrète, concentrée sur des causes sociales comme le handicap, la surdité et les maladies rares, elle affiche également son ancrage évangélique, allant jusqu’à faire retirer des œuvres liées aux cultes afro-brésiliens des résidences présidentielles. En coulisses, son influence est réelle : elle soutient notamment la nomination de sa proche, la pasteure Damares Alves, au ministère de la Femme, de la Famille et des Droits de l’homme.
À partir de la campagne présidentielle de 2022, son rôle politique s’affirme, avec pour objectif de rallier l’électorat féminin, alors largement réticent face à Jair Bolsonaro. En mars 2023, elle prend la présidence de la branche féminine du Parti libéral (PL Mulher), fonction rémunérée plus de 40 000 réais mensuels, qui l’amène à sillonner le pays en jet privé pour développer les effectifs féminins du parti — plus de 50 000 nouvelles adhésions depuis sa prise de fonction.
Une ascension qui inquiète le clan Bolsonaro
Cette montée en puissance politique de Michelle Bolsonaro aurait, selon plusieurs analyses parues dans la presse brésilienne, créé des tensions croissantes au sein du PL et de la famille Bolsonaro elle-même. Sa popularité personnelle — un sondage de l’institut MDA pour la CNT publié en novembre 2024 la plaçait comme la personnalité la plus compétitive face à Lula pour 2026 — en aurait fait une rivale potentielle pour les ambitions présidentielles de Flávio Bolsonaro. Jair Bolsonaro lui-même avait évoqué, fin 2024, l’hypothèse d’une candidature de Michelle à la présidence, avant de se raviser publiquement et de privilégier une candidature au Sénat, laissant la voie présidentielle à son fils Flávio.
Cette rivalité latente aurait pesé dans la décision de Jair Bolsonaro de désigner Flávio comme candidat officiel du clan à la présidentielle de 2026, écartant de fait Michelle d’un rôle de premier plan qu’une partie du PL semblait pourtant prête à lui confier, y compris comme colistière possible du gouverneur de São Paulo Tarcísio de Freitas.
Une solidarité à double tranchant
Si Janja a affiché une solidarité de principe, dépassant les clivages idéologiques, elle n’a pas manqué de rappeler aux deux femmes conservatrices l’enjeu plus large de la lutte contre les violences faites aux femmes, espérant qu’elles en saisissent pleinement la portée au-delà de leur propre expérience. Cette déclaration, qui a suscité des réactions contrastées jusque dans les rangs de la gauche brésilienne, illustre la manière dont la crise interne du bolsonarisme est devenue un terrain de confrontation politique et symbolique, où la question du genre s’invite au cœur du débat public à un peu plus de deux ans de l’élection présidentielle.
Sources : O Liberal, Brasil 247, CartaCapital, Diário do Centro do Mundo, O Povo, Terra, ND+, Wikipédia (version française).






